La mort des cnfaiils d'Hérodc
ou ta suite de Marianne, tragédie (le La Calprenède, (K'diée au cardinal de Richelieml659).
L un miaule en grondant comme un tigre en furie. L'autre rouie sa voix comme un enfant qui crie. Ce n'est pas tout encor, les souiùs et les rats Semblent pour m'éveiller s'entendre avec les chats.
{Satire VI, 7.)
S'il avait vécu alors dans la bonne compagnie, elle lui aurait conseillé d'exercer son talent sur des objets plus dignes d'elle que des chats, des rats, et des souris.
Comme un artiste forme peu à peu son goût, une nation forme aussi le sien. Elle croupit des siècles entiers dans la barbarie ; ensuite il s'élève une faible aurore ; enfin le grand jour parait, après lequel on ne voit plus qu'un long et triste crépuscule.
^ous convenons tous depuis longtemps que, malgré les soins de François l"' pour faire naître le goût des beauxarts en France, ce bon goût ne put jamais s'établir que vers le siècle de Louis \IV; et nous commençons à nous plaindre que le siècle présent dégénère.
Les Grecs du Bas-Empire avouaient que le goût qui régnait du temps de Périclès était perdu chez eux. Les Grecs modernes conviennent qu'ils n'en ont aucun.
Quinlilien reconnaît que le goût des Romains commençait à se corrompre de son temps.
LopedeVéga se plaignait du mauvais goût des Espagnols.
Les Italiens s'aperçurent les premiers que tout dégénérait chez eux, quelque temps après leur immortel Setcento*, vl qu'ils voyaient périr la plupart des arts qu'ils avaient fait naître.
Addison attaque souvent le mouvais goût de ses compa-
1. Les Itaiions cntciKicnt pnr l;i lo 1 tlix-septième; Voltaire npplicjua paisiècle qui commence en 1600, le I erreur ce nom au seizième.
thotes dans plus d'un genre, soit qu'il se moque de la statue d'un amiral en perruque carrée, soit quand il témoigne son mépris pour les jeux de mots employés sérieusement, et quand il conçlamne des jongleurs introduits dans les tragédies.
Si donc les meilleurs esprits d'un pays conviennent que le goût a manqué en certains temps à leur patrie, les voisins peuvent le sentir comme les compatriotes; et de même qu'il est évident que parmi nous tel homme a le goût bon et tel autre mauvais, il peut être évident aussi que de deux nations contemporaines, l'une a un goût rude et grossier, l'autre tin et naturel.
Le malheur est que, quand on prononce cette vérité, on révolte la nation entière dont on parle, comme on cabre un homme de mauvais goût lorsqu'on veut le ramener.
Le mieux est donc d'attendre que le temps et l'exemple instruisent une nation qui pèche par le goût. C'est ainsi que les Espagnols commencent à réformer leur théâtre, et que les Allemands essayent d'en former un.
Du goût particulier d'une nation. — Il est des beautés de tous les temps et de tous les pays, mais il est aussi des beautés locales. L'éloquence doit être partout persuasive; la douleur, touchante; la colère, impétueuse; la sagesse, tranquille; mais les détails qui pourront plaire à un citoyen de Londres pourront ne faire aucun effet sur un habitant de Paris; les Anglais tireront plus heureusement leurs comparaisons, leurs métaphores de la marine, que ne feront des Parisiens qui voient rarement des vaisseaux. Tout ce qui tiendra de près à la liberté d'un Anglais, à ses droits, à ses usages, fera plus d'impression sur lui que sur un Français.
La tempérai nre du climat introduira dans un j)ays froid
et liumide un goût d'archifeclure, d'ameublements, de vêtements, qui sera fort bon, et qui ne pourra être reçu à Rome, en Sicile.
Théocrite et Virgile ont dû vantei' l'ombrage et la fraiclieur des eaux dans leurs égbgues; Thomson', dans sa description des saisons, aura dû l'aire des descriptions toutes contraires.
Une nation éclairée, mais peu sociable, n'aura point les mêmes ridicules qu'une nation aussi spirituelle, mais livrée à la société just|u'à l'indiscrétion; et ces deux peuples conséquemment n'auront pas la même espèce de comédie.
La poésie sera différente chez le peuple qui renferme les femmes, et chez celui qui leur accorde une liberté sans bornes.
Mais il sera toujours vrai de dire que Virgile a mieux peint ses tableaux que Thomson n'a peint les siens, et qu'il y a eu plus de goût sur les bords du Tibre que sur ceux de la Tamise; que les scènes naturelles du Paslor fido° sont incomparablement supérieures aux bergeries de Racan; que Racine et Molière sont des hommes divins à l'égard des auteurs des autres théâtres.
Du goût (les connaisseurs. — En général, le goût fin et sûr consiste dans le sentiment prompt d'une beauté parmi des défauts, et d'un défaut parmi des beautés.
Le gourmet est celui qui discernera le mélange de deux vins, qui sentira ce qui domine dans un mets, tandis que les autres convives n'auront qu'un sentiment confus et égaré.