‹ Extraits en prose de VoltaireChapitre 95 sur 259 · Fope · texte numérisé non relu

Fope

Celait pour acquérir un droit si précieux

Que combattait partout mon bras ambitieux;-

Et dans Piiarsale même il a tiré 1 epée,

Plus pour le conserver que pour vaincre Pompée.

Je l'ai vaincu, princesse, et le dieu des combats

M'y favorisait moins que vos divins appas :

Us conduisaient ma main, ils enflaient mon courage ;

Cette pleine victoire est leur dernier ouvrage.

(La mort de Pompée, acte IV, scène m.)

Le critique anglais trouve ces fadeurs ridicules et extravagantes; il a sans doute raison : les Français sensés l'avaient dit avant lui. Nous regardons comme une règle inviolable ces préceptes de Boileau :

Qu'Achille aime autrement que fyrcis et Philène ; ^"allez pas d'un Cyrus nous faire un Arlaméne.

[Art pocliquc, chant III, 99.)

Nous savons bien que César ayant en effet aimé Cléopàtre, Corneille le devait faire parler autrement, et que surtout cet amour est très insipide dans la tragédie de la Mort de Pompée. Nous savons que Corneille, qui a mis de l'amour dans toutes ses pièces, n'a jamais traité convenablement cette passion, excepté dans quelques scènes du Cid imitées de l'espagnol'. Mais aussi toutes les nations conviennent avec nous qu'il a déployé un très grand génie, un sens profond, une force d'esprit supérieure dans Cinna, dans plusieurs scènes des Horaces, de Pompée, de Polyeude, dans la dernière scène de Rodogune.

Si l'amour est insipide dans presque toutes ses pièces, nous sommes les premiers à le dire; nous convenons tous

Page 1