‹ Extraits en prose, philosophie, histoire, littérature, mélangesChapitre 143 sur 207 · Acte m, se. V · texte numérisé non relu

Acte m, se. V

cela est simple, et même naïf. Ce demi-vers, placé où il est, fait un eiïet terrible : il tient du sublime. Au lieu que les mêmes paroles de Bérénice à Antipchus :

Prince, vous vous troublez et changez de visage !

ne sont que très ordinaires ; cjest une transition plutôt qu'une situation.

Rien n'est si simple que ce vers :

Madame, j'ai reçu des lettres de l'armée i.

Mais le moment où Roxane prononce ces paroles fait trembler. Cette noble simplicité est très fréquente dans Racine, et fait une de ses principales beautés.

Mais on se récria contre plusieurs vers qui ne parurent que familiers.

11 suffit; et que fait la reine Bérénice?...

A-t-on vu de ma part le roi de Comagène ?

Sait-il que je l'attends ? — J'ai couru chez la reine...

11 en était sorti lorsque j'y suis couru.

On a trouvé une grande quantité de pareils vers trop prosaïques, et d'une familiarité qui n'est le propre que de la comédie. Mais ces vers se perdent dans la foule des bons; ce sont des fils de laiton qui servent à joindre des diamants.

Le style élégant est si nécessaire, que sans lui la beauté des sentiments est perdue. Il suffit seul pour embellir les sentiments les moins nobles et les moins tragiques.

Croirait-on qu'on pût, entre une reine incestueuse et un père qui devient parricide, introduire une jeune amoureuse, dédaignant de subjuguer un amant qui ait déjà eu d'autres maîtresses, et mettant sa gloire à triompher de l'austérité d'un homme qui n'a jamais rien aimé? C'est pourtant ce qu'Aricie ose dire dans le sujet tragique de Phèdre. Mais elle le dit dans des vers si séducteurs, qu'on lui pardonne ces sentiments d'une coquette de comédie (acte II, se. i) : Phèdre en vain s'honorait des soupirs de Thésée :

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