Paiipertas impulit audax
Ut versus facerem.
Iloral., Episl., lib. II.
2. « Studia adolescent iam alunt, scnectutem oblcclant, secundas rcs ornant, « adversis perfmfium ac solatium prxbent ; détectant donii, non impediunt foris, H pcrnoctant nobiscum, peregrinantur, rusticantur. » (Cicér., Orat. pro Archia pocta.)
LA COUR DE M°ic LA DUCHESSE DU MAINE 465
sible, de passer auprès de vous le reste dé ma vie, dans le sein de la retraite, de la paix, peut-être de la vérité, à qui vous sacrifiez dans votre jeunesse les plaisirs faux, mais enchanteurs, du monde ; enfin pour être à portée de dire un jour avec Lurrèce, ce poète philosophe dont les beautés et les erreurs vous sont si connues :
Heureux qui, retiré dans le temple des sages, Voit eu [laix sous ses pieds se former les orages Qui coutomple de loin les mortels insensés, De leur joug volontaire esclaves empressés, Inquiets, incertains du chemin qu'il faut suivre, Sans peuser, sans jouir, ignorant l'art de vivre, Dans l'agitation consumant leurs beaux jours, Poursuivant la fortune, et rampant dans les cours ! 0 vanité de l'homme! ô faiblesse ! ô misère»!
[Épifre II. M^^ la marquise du Chastelet à propos d'Ahire.)
LA COUR riE MADAME LA DUCUESSE DU MAINE.
Vous avez vu passer ce siècle admirable, à la gloire duquel vous avez tant contribué par votre goût et par vos exemples, ce siècle qui sert de modèle au nôtre en tant de choses, et peut-être de reproche, comme il en servira à tous les âges. C'est dans ces temps illustres que les Condé, vos aïeux, couverts de tan( de lauriers, cultivaient et encourageaient les arts; oii un Rossuet immortalisait les héros, et instruisait les rois; où un Fénelon, le second des hommes dans l'éloquence.
Sed nil diilcius est hene quam munita tenere Edita dncirina sapientùm templa serena, Despicere unde queas altos passimque videre Errarc, al'/iw v am palantcs quserere vitx... O miseras hominum mentes, o peetora cxca !
(Lucrct., lib. II, V.)
et le premier dans l'art de rendre la vertu aimable, enseiimait avec tant de charmes la justice et l'humanité; où les Racine, les Despréaux, présidaient aux belles-lettres, Lulli à la' musique. Le Brun à la peinture. Tous ces arts, madame, furent accueillis surtout dans votre palais. Je me souviendrai toujours que, presque au sortir de l'enfance, j'eus le bonheur d'y entendre quelquefois un homme dans qui l'érudition lai plus profonde n'avait point éteint le génie, et qui cultiva t l'esprit de Mg'' le duc de Bourgogne, ainsi que le vôtre et celui de M. le duc du Maine ; travaux heureux dans lesquels il fut si puissamment secondé par la nature. Il prenait quelquefois devant Votre Altesse Sérénissime un Sophocle, un Euripide; il traduisait sur-le-champ en français une de leurs tragédies. L'admiration, l'enthousiasme dont il était saisi, lui inspirait des expressions qui répondaient à la mâle et harmonieuse énergie des vers grecs, autant qu'il est possible d'en approcher dans la prose d'une langue à peine tirée de la barbarie, et qui, polie par tant de grands auteurs, manque encore pourtant de précision, de force et d'abondance. On sait qu'il est impossible de faire passer dans aucune langue moderne la valeur des expressions grecques : elles peignent d'un trait ce qui exige trop de paroles chez tous les autres peuples ; un seul terme y suffit pour représenter ou une montagne toute couverte d'arbres chargés de feuilles, ou un dieu qui lance au loin ses traits, ou les sommets des rochers souvent frappés de la foudre. Non seulement cette langue avait l'avantage de remplir d'un mot l'imagination, mais chaque terme, comme on sait, avait une mélodie marquée et charmait loreille, tandis qu'il étalait à l'esprit de grandes peintures. Voilà pourquoi toute traduction d'un poète grec est toujours faible, sèche, indigente : c'est du caillou et de la brique avec quoi on veut imiter des palais de porphyre. Cependant M. de Malézieu, par des efforts que produisait un enthousiasme subit, par un récit véhément, semblait suppléer à la pauvreté de la langue, et mettre dans sa déclamation toute rame des grands hommes d'Athènes. Permettez-moi, madame, de rappeler ici ce qu'il pensait de ce peuple inven-