I. Page
AVERTISSEMENT xm
Puissent donc nos jeunes gens se plaire à cette lecture : ce sera une grande preuve de goût et de progrès, car il faut dire aujourd'hui de Voltaire ce que le plus grand instituteur de Rome disait de Cicérou : Ille se profecisse sciât, cui valde placeOit.
« C'est avoir profité que de savoir s'y plaire. »
Je ne puis pas finir cet avertissement mis en tête d'extraits destinés à nos grands élèves, sans leur indiquer — avant qu'ils ne s'engagent dans la vie où ils recueilleront toujours, à la longue, le prix d'un travail incessant, de la conscience apportée à tout ce qu'ils feront, de la perfection qu'ils s'efforceront d'atteindre dans toutes leurs œuvres — une des qualités maîtresses de Voltaire, qualité aussi peu remarquée que surprenante chez lui au premier ahord, — secret du développement continu de son esprit, de sa puissance et de sa gloire.
Le plus hardi, le plus libre et le plus indépendant des esprits, envers et contre tout et tous, — dès le début comme au milieu, comme à l'apogée, jusqu'au dernier jour de ses succès précoces, perpétuels, toujours croissants, — Voltaire, l'égal ouïe supérieur de tous ses contemporains, ne cesse de leur demander à tous, et toujours, des avis, des conseils, des critiques, et il les écoute et il les suit : — le plus grand génie du siècle se montre le plus humble et le plus docile des auteurs.
Toutjeune,à l'âge de la présomption, en 1716, il écrit à l'abbé de Chaulieu :
«.Monsieur, vous avez beau vous défendre d'être mon maître, vous le serez, quoi que vous en disiez. Je sens trop le besoin que j'ai de vos conseils... Je sens qu'on ne peut guère réussir dans les grands ouvrages sans un peu de conseils et beaucoup de docilité. »
Et soixante-deux ans plus tard, à l'âge où la confiance est permise, il écrit à ses confrères de l'Académie française • , dont combien sont connus aujourd'hui ?