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VOYAGE EN ITALIE

NOTICE

Li? Vojia(/e en Italie a paru, avec \o. Voyage au Mont Blanc et le Voyage en Auvergne^ en 1827, dans la collection des Œnvres complètes de Chateaubriand. Une partie, — la fameuse Lettre à M. de Fontanes sur la Campagne romaine^ — avait été publiée dans le Mercure du 3 mars 1804. Tout le Voyage est composé de notes et dimpressions prises sur le vif, et de lettres à Joubert et à Fontanes, datées de 1803 et de 1804. I/Ilalie fit sur Chateaubriand, elle devait faire toujours sur lui une impression profonde : il y avait entre le sol italien, si I on peut dire, et la nature même de son jjropre génie, une sorle d'harmonie |)réétablie. Et c'est pouiquoi il y a dans ses notes de vojage une fraîcheur, une spontanéité, une na'iveté même qu'il a rarement atteintes. Quelques-unes des plus belles pasies descri|)tives de Chateaubriand, <*l des moins apprêtées, sont là.

ENTHOUSIASME A .lOUBERT

Rome, 27 juin au soir, en arrivant, 1803.

M'y voilà enfin! toute ma froideur s est évanouie. Je .suis accablé, persécuté par tout ce que j'ai vu; j'ai vu, je crois, ce que personne n'a vu, ce qu'aucun voyageur

lis CIIATl'Arill'.IAMl.

n'a pcinl : les yols! les âmes glacées! les barbares! Quand ils viennent ici, n'ont-ils pas traversé la Toscane, jardin anglais au milieu duquel il y a un temple, c'està-dire Florence ? n'ont-ils pas. passé en caravane, avec les aigles et les sangliers, les solitudes de cette seconde Italie, appelée VÉtat romain'^ Pourquoi ces créatures voyagent-elles? Arrivé comme le soleil se couchait, j'ai trouvé toute la population allant se promener dans l'Arabie déserte à la porte de l^ome : [quelle ville! quels souvenirs !

28 juin, onze heures rlu soir.

J'ai couru tout ce jour, veille de la lete de Sainl- Pierre. J'ai déjà vu le Cotisée, le Panihéon, la colonne Trajane, le château Saint-Ange, Saint-Pierre; que saisje ? j'ai vu l'illumination et le feu d'artifice qui annoncent pour demain la grande cérémonie consacrée au prince des apôtres : tandis qu'on prétendait me faire admirer un feu placé au haut du Vatican, je regardais l'effet de la lune sur le Tibre, sur ces maisons romaines, sur ces ruines qui pendent de toutes paris.

"20 juin.

Je sors de l'office de Saint-Pierre. Le pape' a une figure admirable : pâle, triste, religieux, toutes les tribulations de l'Église sont sur son front. La cérémonie était superbe; dans quelques moments surtout elle était étonnante; mais chant médiocre, église déserte; point de peuple.

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