TIVOLI. — MÉDITATION SUR LA MORT
10 décembre 1803.
Le lieu est propre à la réflexion et à la rêverie : je remonte dans ma vie passée ; je sens le poids du présent, et je cherche à pénétrer mon avenir. Où serai-je. que ferai-je, et que serai-je dans vingt ans d'ici? Toutes les fois que l'on descend en soi-même, à tous les vagues projets que Ton forme, on trouve un obstacle invincible, une incertitude causée par une certitude : cet obstacle, cette certitude est la mort, cette terrible mort qui arrête tout, qui vous frappe vous ou les autres.
Est-ce un ami que vous avez perdu? En vain avez-vous mille choses à lui dire : malheureux, isolé, errant sur la terre, ne pouvant confier vos peines ou vos plaisirs à personne, vous appelez votre ami, et il ne viendra plus soulager vos maux, partager vos joies; il ne vous dira plus : « Vous avez eu tort, vous avez eu raison d'agir ainsi. » Maintenant il vous faut marcher seul. Devenez riche, puissant, célèbre, que ferez-vous de ces prospérités sans votre ami? Une chose a tout détruit, la mort. Fini- ([iii vous préci[)iloz dans cette nuit |irolbndc où je viiii- l'ulcnds grondei'. (lis|)araissez-vous jilus vile que le-; jour> de l'homme, ou pouvez-vous me diic ce que c'c-t que Ihomme. vous qui avez vu passer tant de générations sur ces bords?
|.jO ciiateaubriam».
le musée capitolin. — les bustes
23 décembre 1823.
Buste de Néron : visage gros et rond, enfoncé vers los yeux, de manière que le front et le menton avancent : l'air d'un esclave grec débauché.
Buste d'Agrippine et de Germanicus : la seconde figure, longue et maigre; la première, sérieuse.
Buste de Julien : front petit et étroit.
Buste de Marc-Aurèle : grand front, œil élevé vers le ciel ainsi que le sourcil.
Buste de Vitellius : gros nez, lèvres minces, joues bouffies, petits yeux, tète un peu abaissée comme le porc.
Buste de César : figure maigre, toutes les rides profondes, l'air prodigieusement spirituel, le front proéminent entre les yeux, comme si la peau était amoncelée fl coupée d'une ride perpendiculaire, sourcils surbaissés fl touchant l'œil, la liouciie grande et singulièrement expressive; on croit qu'elle va |)arler, elle sourit presque; le nez saillant, mais pas aussi aquilin qu'on le trace onlinairement ; les tempes aplaties comme chez Buonajiarle; point d'occiput : le menton rond et double; les narines un peu fermées : figure d'imagination etde génie.
Un bas-relief : Endymion dormant assis sur un rocher : sa tète est penchée sur sa poitrine, et un peu appuyée sur le bois de sa lance, qui repose sur son épaule gauche : la main gauche, jetée négligenmient sur cette lance, tient a peine la laisse d'un chien qui. planté sur ses pattes de derrière, cherche à regarder au-dessus du rocher. Cest un des plus beaux bas-reliefs connus*.
1. « J'ai fait usage de cette pose dans les Martyrs » (Chateaubriand). — Taine, dans son Voyage en Italie, a imité cette page, cette suite de notations rapides et pittoresques. Voyez dans nos Pages choisies de Taine (p. 185-186) le morceau intitulé : la Salle des bustes, aux Antiques.
VOVAGL LN ITALIE. l.M