CHATEAUBRIAND REÇU CHEVALIER DU SAINT-SÉPULCRE
Les Itères de Terre Sainle voulurent me l'aire un honneur que je n'avais ni demandé, ni mérité. En considération des faibles services que, selon eux, j'avais rendu à la religion, ils me prièrent d'accepter l'ordre du Saint- Sépulcre. Cet ordre, très ancien dans la chrétienté, sans même en faire remonter l'origine à sainte Hélène, était autrefois assez répandu en Europe. On ne le retrouve plus guère aujourd'hui qu'en Pologne et en Espagne : le gardien du Saint-Sépulcre a seul le droit de le conférer.
Nous sortîmes k une heure du couvent, et nous nous rendîmes à l'église du Saint-Sépulcre. Nous entrâmes dans la chapelle qui appartient aux Pères latins; on en ferma soigneusement les portes, de peur que les Turcs n'aperçussent les armes, ce qui coûterait la vie aux religieux. Le gardien se revêtit de ses habits pontificaux; on alluma les lampes et les cierges : tous les frères présents formèrent un cercle autour de moi, les bras croisés sur la poitrine. Tandis qu'ils chantaient à voix basse le Veni Creator^ le gardien monta à l'autel, et je me misa genoux à ses pieds. On tira du trésor du Saint-Sépulcre les éperons et l'épée de Godefroy de Bouillon : deux religieux debout, à mes côtés, tenaient les dépouilles vénérables. L'olTiciant récita les prières accoutumées, et me fit les questions d'usage. Ensuite il me chaussa les éperons, me frappa trois fois l'épaule avec l'épée en me donnant 1 accolade. Les i-cligieux entonnèrent le TePcum. tandis que le gardien prononçait celle orai on sur ma tête :
« Seigneur, Dieu tout-puissant, répands ta grâce et tes bénédictions sur ce tien serviteur, etc. »
l'JII
Chateaubriand reçu chevalier du Saint-Sepulcre. Reproduction d'une gravure d'Alfred Johannot.
ITINEIlAllŒ DE PAUIS A JÉRUSALEM. l'Jl