LES PYRAMIDES
Au |ii-ciiiiei- ;is|i(x1 des pyramides, je nai senti (|ue de radiiiiraLion. Je sais ([ue la pliilosopliie peut gémir ou sourire, en songeant que le plus grand monument sorti lie la main des hommes est un tombeau ; mais pourquoi no voir dans la pyramide de Cliéops qu'un amas de pierres et un sipielette"? Ce n'est point par le sentiment do son néant que lliomme a élevé un tel sépulcre, c'est par rinstinct de son immortalité : ce sépulcre n'est point la borne qui annonce la fin d'une carrière d'un jour, c'est la borne qui marque l'entrée d'une vie sans terme; c'est une espèce de porte éternelle, bâtie sur les confins de réternité. « Tous ces peuples (d'Egypte), dit Diodore de Sicile, regardant la durée de la vie comme un temps très court et de peu d'importance, font au contraire beaucoup d'attention à la longue mémoire que la vertu laisse après elle ; c'est pourquoi ils appellent les maisons des vivants des hôtelleries par lesquelles on ne fait que passer; mais ils donnent le nom de demeures éternelles aux tombeaux des morts, d'où l'on ne sort plus. Ainsi les rois ont été comme indifférents sur la construction de leurs palais; et ils se sont épuisés dans la consti'uction do leur tombeaux. »
(Jn voudrait aujourd'hui que tous les monuments eussent une utilité physique, et l'on ne songe pas qu'il y a pour les peuples une utilité morale d'un ordre fort supérieur, vers laquelle tendaient les législations de l'antiquité. La vue d'un tombeau n'apprend-elle donc rien? Si elle enseigne quelque chose, pourquoi se plaindre qu'un roi ait voulu rendre la leçon perpétuelle? Les grands monuments font une partie essentielle de la o-loire de toute société humaine. A moins do soutenir
qu'il est égal pour une nation de laisser ou de ne pas laisser un nom dans l'histoire, on ne peut condamner ces édifices qui portent la mémoire d'un peuple au delà de sa propre existence, et le font vivre contemporain des générations qui viennent s'établir dans ses champs abandonnés. Qu'importe alors que ces édifices aient été des amphithéâtres ou des sépulcres? Tout est tombeau chez un peuple qui n'est plus. Ouand l'honmie a passé, les monuments de sa vie sont encore plus vains que ceux de sa mort : son mausolée est au moins utile à ses cendres; mais ses palais gardent-ils quelque chose de ses plaisirs?