‹ ExtraitsChapitre 173 sur 285 · LA DIXIEME PERSECUTION · texte numérisé non relu

LA DIXIEME PERSECUTION

La persécution s'étend dans un moment des bords du Tibre aux extrémités de l'empire. De toutes parts, on entend les églises s'écrouler sous les mains des soldats ; les magistrats, dispersés dans les temples et dans les tribunaux, forcent la multitude à sacrifier; quiconque l'ol'use d'adorer les dieux est jugé, et livré aux bourreaux; les prisons regorgent de victimes; les chemins sont couverts de troupeaux d'hommes mutilés, qu'on envoie mourir au fond des mines ou dans les travaux publics. Les fouets, les chevalets, les ongles de fer, la croix, les bêtes féroces, déchirent les tendres enfants avec leurs mères; ici l'on suspend par le pied des femmes nues à des poteaux, et on les laisse expirer dans ce supplice honteux et cruel; là on attache les membres du uiartyr à deux arbres rapprochés de force : les arbres, en se redressant, emportent les lambeaux de la victime. Chaque province a son supplice particulier : le feu lent en Mésopotamie, la roue dans le Pont, la hache en Arabie, le plomb fondu en Cappadoce. Souvent, au milieu des tourments, on apaise la soif du confesseur, et on lui jette de l'eau au visage, dans la crainte que l'ardeur de la fièvre ne hâte sa mort. Quelquefois, fatigué de brûler séparément les fidèles, on les précipite en foule dans le bûcher; leurs os sont réduits en poudre, et jetés au vent avec leurs cendres.

Galérius trouvait ses délices dans ces tourments : il fait venir à grands frais des ours d'une taille prodigieuse, et aussi féroces que lui. Ces bêtes ont chacune un nom terrible. Pendant ses repas, le successeur du sage Dioctétien leur fait jeter des hommes à dévorer. Le gouvernement de ce monstre avare et débauché, en

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ré|iaii(lant lo troublo dans los provincos, augnionlc oncorc l'aclivité de la persociilion. Les villes sont soumises à des juges militaires, sans connaissances et sans lettres, qui ne savent que donner la mort. Des commissaires font les recherches los plus rigoureuses sur les biens et les propriétés des sujets ; on mesure les terres, on compte les vignes et les arbres, on tient registre des troupeaux. Tous les citoyens de l'Empire sont obligés de s'inscrire dans le livre du cens, devenu un livre de proscription. De crainte qu'on ne dérobe quelque partie de sa fortune à l'avidité de l'Empereur, on force, par la violence des supplices, les enfants à déposer contre leurs pères, les esclaves contre leurs maîtres, les fennnes contre leurs maris. Souvent les bourreaux contraignent des malheureux à s'accuser eux-mêmes, et à s'attribuer des richesses qu'ils n'ont pas. Ni la caducité, ni la maladie, ne sont une excuse pour se dispenser de se rendre aux ordres de l'exacteur; on fait com]iaraîlre la douleur même et l'infirmité; afin d'envelopjier tout le monde dans des lois tyranniques, on ajoute des années à l'enfance, on en retranche à la vieillesse : la mort d'un homme n'ôte rien au trésor de Galérius, et l'Empereur partage la proie avec le tombeau : cet homme, rayé du nombre des humains, n'est point effacé du rôle du cens, et il continue de payer pour avoir eu le malheur de vivre. Les pauvres, de qui l'on ne |)0uvait rien exigei, semblaient seuls à l'abri des violences par leur propre misère ; mais ils ne sont point à l'abri de la jtilié dérisoire du tyran : Galérius les fait entasser dans des barques, et jeter ensuite au fond de la mer, afin de les guérir de leurs maux.

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