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ADIEU A LA MUSE

O MiibC, qui daignas nie soutenir dans une carrière aussi longue (jue périlleuse! retourne maintenant aux célestes demeures. J'aperçois les bornes de la course ; je vais descendre du char, et pour chanter Thyinne des morts, je n'ai plus besoin de ton secours. Quel Français ignore aujourd'hui les cantiques funèbres? Qui de nous n'a mené le deuil autour d'un tombeau, n'a fait retentir le cri des funérailles? C'en est fait, ô Muse! encore un moment, et jtour toujours j'abandonne tes autels ! Je no dirai i])lus les amours et les songes séduisants des hommes : il faut quitter la lyre avec la jeunesse. Adieu, consolatrice de mes jours, toi qui partageas mes plaisirs, et ^bien plus souvent mes douleurs ! Puis-je me séparer de toi sans répandre des larmes? J'étais à peine sorti de l'enfance, tu montas sur mon vaisseau rapide, et tu chantas les tempêtes qui déchiraient ma voile ; tu me suivis sous le toit d'écorce du sauvage, et tu me fis trouver dans les solitudes américaines les bois de Pindc. A (|uel bord n'as-tu pas conduit mes rêveries ou mes malheurs? Porté sur ton aile, j'ai découvert au milieu des nuages les montagnes désolées de Morven, j'ai pénétré les forêts d'Erminsul, j'ai vu couler les flots du Tibre, j'ai salué les oliviers du Céphisc elles lauriers de l'Eurotas. Tu me montras les hauts cyprès du Bosphore et les sépulcres déserts du Simoïs. Avec toi je traversai l'Hermus, rival du Pactole i avec toi j'adorai les eau.x du Jourdain, et je ])riai sur la montagne de Sion. Memphis et Gartage nous ont vus méditer sur leurs luincs ; et, dans les débris des palais de Grenade, nous évocpiàmes les souvenirs de l'honneur et de l'amour. Tu me disais alors :

« Sache apprécier cette gloire dont un obscur et faible voyageur peut parcourir le théâtre en quelques jours. »

0 Muse ! je n'oublierai point tes leçons. Je ne laisserai point tomber mon cœur des régions élevées oîi tu Tas placé. Les talents de l'esprit que tu dispenses s'atlaiblisscnt par le cours des ans ; la voix perd sa fraîcheur, les doigts se glacent sur le luth : mais les nobles sentiments que tu inspires peuvent rester quand tes autres dons ontdis])aru. Fidèle compagne de ma vie, en remontant dans les cieux laisse-moi l'indépendance et la vertu. Qu'elles viennent, ces vierges austères, qu'elles viennent fermer pour moi le livre de la Poésie, et m'ouvrir les pages de l'Histoire'. J'ai consacré l'âge des illusions à la riante peinture du mensonge; j'eni|doicrai l'âge des regrets au tableau sévère de la vérité.

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