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MARTYRE D'EUDORE ET DE CYMODOCEE

Cependant le peuple s'assemblait à ramphithéàlre de Vespasien : Rome entière était accourue pour boire le sang des martyrs. Cent mille spectateurs, les uns voilés d'un pan de leur robe, les autres portant sur la télé une ombelle, étaient répandus sur les gradins. La foule, vomie par les portiques, descendait et montait le long des escaliers extérieurs, et prenait son rang sur les marches revêtues de marbre. Des grilles d'or défendaient le banc des sénateurs de l'attaque des bêtes féroces. Pour rafraîchir l'air, des machines ingénieuses faisaient monter des sources de vin et d'eau safranéc, qui retombaient on rosée odoriférante. Trois mille statues de bronze, une

1. Chateauliiiand s'est consacré à ses Éludes liistonques au lendemain de la publication des Martyrs.

LES MARTYRS. 25i

multitude infinie de tableaux, des colonnes de jaspe et de porphyre, des balustres de cristal, des vases d'un travail précieux, décoraient la scène. Dans un canal creusé autour de l'arène, nageaient un hippopotame et des crocodiles ; cinq cents lions, quarante éléphants, des tigres, des panthères, des taureaux, des ours accoutumés k déchirer des hommes, rugissaient dans les cavernes de Tamphithéàtre. Des gladiateurs, non moins féroces, essayaient çà et là leurs bras ensanglantés.

Tout k coup rolontit le bruit des armes ; le pont qui conduisait du jialais de TEmpereur k l'amphithéâtre s'abaisse, et Galérius ne fait qu'un pas de son lit de douleur au carnage : il avait surmonté son mal pour se présenter une dernière fois au peuple. Il sentait k la fois l'empire et la vie lui échap|)er : un message arrivé des Gaules venait de lui apjirendrc la mort de Constance. Constantin, proclamé Césai' |tar les légions, s'était en même temps déclaré chrétien et se disposait k marcher vers Rome. Ces nouvelles, en portant le trouble dans l'àme de Galérius, avaient rendu plus cuisante la plaie hideuse de son corps ; mais renfermant ses douleurs dans son sein, soit qu'il cherchât k se tromper lui-même, .soit qu'il voulût tromper les hommes, ce spectre vint s'asseoir au balcon impérial, comme la Mort couronnée. Quel contraste avec la beauté, la vie, la jeunesse exposées dans l'arène k la fureur des léopards!

Lorsque l'Empereur parut, les siicctateurs se levèrent, et lui donnèrent le salut accoutumé. Eudore s'incline respectueusement devant ' '.ésar. Cymodocée s'avance sous le balcon pour demander k l'Empereur la grâce d'Eudore, et s'offrir elle-même en sacrifice. La foule tira Galérius de l'embarras de se montrer miséricordieux ou cruel : depuis longtemps elle attend le combat ; la soif du sang avait redoublé k la vue des victimes. On crie de toutes parts.

2j'.' CllATE.Vllir.lAiNll.

« Les bète.sl Qu'on lâche les bétes ! Les impics aux bètcs! »

Eudore veut parler au peuple en faveur de Cymodocéc; mille voix éloun'ent sa voix :

« Qu'on donne le signal! Les bêtes! Les chrétiens aux bétes! »

Le son de la trompette se l'ait entendre: c'est l'annonce de l'apparition des bétes féroces. Le chef des rétiaires traverse l'arène, et vient ouvrir la loge d'un tigre connu par sa férocité.

Alors s'élève entre Eudore et ( lymodocée une contestation à jamais mémorable: chacun des deux époux voulait mourir le dernier.

— Eudore, disait Cymodocée, si vous n'étiez pas blessé, je vous demanderais à combattre la première; mais à présent, j'ai plus de force quevous, et jepuisvousvoirmourir.

— Cymodocée, répondit Eudore, il y a plus longtemps que vous que je suis chrétien : je pourrai mieux sujjporter la douleur, laissez-moi quitter la terre le dernier.

La trompette sonne pour la seconde fois.

On entend gémir la porte de fer de la caverne du tigi'c : le gladiateur qui l'avait ouverte s'enfuit effrayé. Eudore place Cymodocée derrière lui. On le voyait debout, uniquement attentif à la prière, les bras étendus en forme de croix, et les yeux levés vers le ciel.

La trompette sonne pour la troisième fois.

Les chaînes du tigre tombent, et l'animal furieux s'élance en rugissant dans l'arène : un mouvement involontaire fait tressaillir les spectateurs. Cymodocée, saisie d'effroi, s'écrie :

« Ah ! sauvez-moi ! »

Et elle se jette dans les bras d'Eudore, qui se retourne vers elle. Il la serre contre sa poitrine, il aurait voulu la cacher dans son cœur. Le tigre arrive aux deux mar-

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