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ÉTUDES HISTORIQUES

renforcer cette impression qui s'est transmise jusqu'à nous. Elle est de tout point erronée, et ne saurait résister à un examen attentif.

D'abord, c'est bien de son propre mouvement, de propos très délibéré, et non point pour « se mettre aux ejages des libraires », comme on disait jadis, que Chateaubriand s'est fait historien. .\ux derni('-res paires des Mnrtj/r^ et de Vltinéraire. il annonce très nettement cette intention qui. chez, lui, n'était pas nfiuvelle : l'AVat ■•iur les Révolutions^ maintes pages du Grnie, des3/'/7'tjp's et de ['Itinéraire^ sont là pour en témoigner. D'autre part, si nous ne savons pas quand il se mit à l'œuvre, nous savons aujourd'hui. — M. (î. Pailhès l'a .«olidement établi dans son livre sur Chateaubriand, sa femme et ses amis, — qu'en 181:^, les siv. srands Discours qui composent les deux premiers volumes des Études historirjues étaient achevés, de sorte que cette partie de l'œuvre est evactement contemporaine des grands ouvrages de Chateaubriand. Nous savons aussi qu'en ISIÎ et en 1813, et que de 1816 à 1818, il a travaillé auv autres parlies de son Histoire de France: et pourquoi, de loin en loin, n'y serait-il point revenu dans les intermèdes ou les loisirs de sa vie politique? Joignons à cela les div-huit mois qui ont précédé la publication, à raison de « dix, douze et quinze heures par jour ». Ce n'est donc pas là, on le voit, un labeur improvisé; et quand Chateaubi'iand définit ses Eludes historiques : « le plus long et le dernier travail de ma vie, celui qui m'a coûté le plus de recherches, de soins et d'années, celui où j'ai peut-être remué le | lus d'idées et de faits >-, je ne crois pas qu'on soit en droit de lui inlliger un démenti.

Que vaut cependant tout ce long effoi't? Et qu'en subsistet-il aujourd'hui? Quelle en est, pour l'époque, l'originalité réelle? Et quelle place, au total. Chateaubriand occupe-t-il dans la riche lignée des historiens du xix° siècle? Il faudrait, pour répondre à toutes ces questions, qu'un historien de métier, et un historien très informé de l'historiographie, consentit à consacrer à Chateaubriand historien une étude approfondie dont il est parfaitement digne, mais que personne encore n'a daigné entreprendre. J'ai peur qu'une lecture très superficielle, et surtout l'idée préconçue que les Études historiques sont l'œuvre « bâclée • d'un improvisateur éloquent n'aient faussé la plupart des jugements, souvent bien rapides et insuffisamment motivés, que des écrivains, même compétents, ont portés

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sur ce liviv. •• M. do Clialeauljiiaiul. ii «lit Rimiîui. M. de Chateaubriand, qui avait une intuition si vive des temps et des rares, fut arrêt"' sur le seuil de la ijrande histoire par 1 insuffisance de son instruction. » [Ef^saifi de morale et de critique. 4" édition, p. 454.] Et cela est sans doute bien dédaigneux: ; Augustin Tliierry, nous Tarons vu, était moins sévère. Voici encore quelques lignes, assez dures, dun historien d'aujourd'hui, et où perce d'ailleurs le préjusré que nous signalions tout à l'heure : .. O livre de Chiiteauhriand es! plein de réminiscences. A (iuizot, outre sa mélhodi'. il empniiile les idées maîtresses de longs développements; ù Thierrx. l'orthographe des noms francs: à son propre Uenie du Christianisme., les fioétiques descriptions des voûtes gothi(pies. Son érudition est de mauvais idoi; ses prétendus récits historiques paraissent l'œuvre de collaborateurs inexpérimentés. L'ouvrage ne se lient pas : à court d'argent, Chateaubriand avait hâte de le livrer au libraire. Mais, çà et là, son génie intelligent et |)oétique se révèle par des pages admirablement inspirées, où il a vu la vérité et retrouvé le passé, par divination plutôt que par analyse. - [damille .lullian, Extraits des historiens français au XIX' siècle, Hachette, 1897, p. Lxiv.] Je crains que ce jugement ne soit pas entièrement juste. Et tel devait être, nous lavons vu plus haut (p. xiv), le sentiment de lirunetière. Mais encore une fois, pour contrôler ces impressions et ces dires, il nous faudrait l'étude approfondie et l'avis motivé d'un homme du métier.

En attendant lune et l'autre, essavons de caractériser brièvement le contenu et le dessein de ces quatre volumes. Ils comprennent d'abord, avec une importante Préface, une suite de siv longues Études ou Discours sur la chute de VEmpire romain, la naissance et les progrès du Christianisme, et l'invasion des Barbares, de Jules César à .\ugustule': puis une sorte d'esquisse de l'Histoire de France jusqu'à Louis XVI. Celte dernière partie est ainsi divisée : d'abord une Analyse raisonnée de Vllistoire de France, depuis les premiers rois francs jusqu'à Charles IV le Bel: puis une sorte d intermède sur les mœurs et institutions des xii', xm", xiv" siècles: puis des fragments d'une Histoire de France, de Philippe VI de Valois jusqu'à Jean II après la bataille de Poitiers: et enfin reprend V Analyse raisonnée de F Histoire de France de Jean II à Louis XVI. Dans cette dernière partie; certains fragments plus

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\ti>u»r> (i |pliis ilivcloppcs sont reliés les uns iui\ autres |iar (les unahses soiuiuaires.

Le temps a Muuujué à Chateaubriand pour réaliser le vaste dessein qu"il avait conçu. Il s'était proposé décrire une grande Histoire de France qui eût été comme la synthèse originale des principaux résultats de la science historique de son tenqis, des méthodes et des conceptions en honneur autour de lui. Partant de cette idée qui lui paraissait prouvée ]>ar l'histoire, par l'étude patiente et impartiale des laits, que l'idée de progrés n'est nullement inconciliable avec l'idée chi'étienne, et que nulle part cette conciliation n'est plus visible que dans notre iiisloire nationale, il s'est donné pour tâche, en exposant la « suite " de cette histoire, de mettre cette théorie en lumière, de réconcilier Bossuet et Voltaire, le Discours sur l'histoire universelle et l'Essai sur les mœurs. Et ainsi les Études lastoriques rejoignent et complètent le Génie : elles sont à leur manière, et non plus par l'art et la littérature, cette lois, mais par l'histoire, une Apologie du Christianisme.

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