AVANT-PROPOS
Je ne voudrais pas, pour ce qui me reste à vivre, reconuucnccr les dix-huit mois qui viennent de s'écouler. On n'aura jamais une idée de la violence que je me suis laite; j'ai été forcé d'abstraire mon esprit di.x, douze et ipiinzc lioiircs par jour, de ce qui se passait autour de uioi, pour nie livrer puérilouient à la composition d'un ouvrage dont persûnnr ne parcourra une ligne. (Jui lirail (pKdic gins voliiiurs, lorsqu'on a bien de la peine à lire le rcuillcluu d'une gazelle? J'écrivais l'hisloire ancienne, et l'histoire moderne frappait à ma porte; en vain, je lui criais : « .\ttendez, je vais à vous ». Elle passait au hniil du canon, en em|iûrlanl Irois générations de rois.
Et que le temps concorde lioureusemenl avec la, nature
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même de ces Etudes'. On abat les croix, on poursuil les prêtres' : et il est question de croix et de prêtres à toutes les pages de mon récit : on bannit les Capets; et je publie une histoire dont les Capets occupent huit siècles. Le plus long et le dernier travail de ma vie, celui qui ma coûté le plus de recherches, de soins et d'années, celui où j'ai peut-être remué le plus d'idées et de faits, paraît lorsquil ne peut trouver de lecteurs; c'est comme si je le jetais dans un puits, où il va s'enfoncer sous l'amas des décombres ([ui le suivront. Quand une société se compose et se décompose ; quand il y va de rexislenco de chacun et de tous, quand on n'est pas sûr d'un avenir dune heure, qui se soucie de ce que fait, <lit et pense son voisin".' 11 s'agit bien de Néron, de ( Constantin, de Julien, des apôtres, des martyis, des Pères de l'Eglise, des Golhs, des Huns, des Vandales, des Francs, de Clovis, de Charlemagne, de Hugucs-Capet et de Henri IV! 11 s'agit bien du naufrage de l'ancien monde, lor.sque nous nous trouvons engagés dans le naufrage du monde moderne! N'est-ce pas une sorte de radotage, une cs|)è(e de faiblesse d'esprit que de s'occuper de lettres dans ce moment? 11 est vrai; mais ce radotage ne lient pas à mon cerveau, il vient des antécédents de ma méchante fortune. Si je n'avais pas tant fait de sacrifices aux libertés de mon pays, je n'aurais pas été obligé de contracter des engagements qui s'achèvent de ren)plir dans des circonstances doublement déplorables pour moi. Je ne puis suspendre une puldicalion dont 'y ne suis pas le maîtie: il faut donc couionncr par un dernier sacrifice tous mes sacrifices. Aucun auteur n'a été uiis à une pareille épreuve : grâce h Dieu, elle est h son terme : je n'ai plus qu'à m'asscoir sur des ruines, et ii
1. La Révolution de 1830 avait eu un caractère très nettement antireligieux.
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iiit''|irisei' celle vie que je dédaijinai^s dans ma jeunesse. Après ces plaintes bien naturelles, et qui nie sont involontairement échappées, une pensée nie vient consoler. J'ai commencé ma carrière littéraire par un ouvrage où j'envisageais le Christianisme sous les rapl»orts poétiques et moraux: je la finis par un ouvrage oit je considère la même religion sous ses rapports philosophiques et historiques : j'ai commencé ma carrière jjoiiliiiue avec la Restauration, je la finis avec la Restauralion. Ce n'est pas sans une secrète satisfaction que je nie trouve ainsi conséquent avec moi-même. Les grandes lignes de mon existence n'ont point fléchi : si, comme lous les hommes, je n'ai jias été semblable à moi-même ilaiis des tjétails, qu'on le pardonne à la fragilité humaine*. Les principes sur lesquels se fonde la société iifont été chers et sacrés; on me rendra celte justice de reconnaître qu'un amour sincère de la liberté respire dans mes ouvrages, que j'ai élé passionné pour l'honneur t't la gloire de ma patrie, que, sans envie, je n'ai jamais lefusé mon admiration aux talents dans quelque parti (pi'ils se soient trouvés. Me serais-jc laissé trop cnipoi'li'i- à l'ai'deur de la polémique? Je m'en repens, et je rends jusiice aux qualités que je pourrais avoir méconnues : je veux quitter le monde en ami.
I. ÉvidL'iiiiiii'iil L.li^iliMiiliriiiUil est lri> |iivocc(i|)é — el celle |iri''Occii|i;ilimi apparaîtra plus nettement encore ilaiis les Mémoires d'Outie-Tninhe, — lie mettre flans sa vie une très grantle unité. Cette unité est réelle, elle n'erjt pas factice, comme on l'a parfois prétendu ; mais peut-être la souligne-t-il avec quelque excès île complaisance.
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