PLAIDOYER POUR LES VIEUX HISTORIENS FRANÇAIS
Le; jugements sont trop durs aujourd hui, a l'égard des écrivains qui ont travaillé à nos annales avant la Révolution. Supposons que notre histoire générale fût à composer; qu'il la fallût tirer des manuscrits ou môme
ÉTIDES HISTORIQUES. 'ifll
(les (iocunionts imprimés; qu'il en fallût débrouiller la chronologie, discuter les faits, établir les règles; je soutiens que, malgré notre science innée et tout notre savoir acquis, nous n'en mettrions pas trois volumes debout. Combien d'entre nous pourraient déchiffrer une ligne des chartes originales, combien les pourraient lire, même à l'aide des alphabets, des spécimens et des facsimilés insérés dans la Re Diplomatica de Mabillon' et ailleurs? Nous sommes trop impatients d'étaler nos pensées; nous dédaignons trop nos devanciers pour nous abaisser au modeste rôle de bouquineurs de cartulaires. Si nous lisions, nous aurions moins de temps pour écrire, et quel larcin fait à la postérité! Quel ([ue soit notre juste orgueil, oserai-je supplier notre Supériorité de ne pas briser trop vite les béquilles sur lesquelles elle se traîne les ailes ployées? Quand avec des dates bien correctes, des faits bien exacts, exprimés en beau français, dans un caractère bien lisible, nous composons à notre aise des histoires nouvelles, sachons quelque gré à ces esprits obscurs, aux travaux desquels il nous suffit de coudre les lambeaux de notre génie, pour ébahir l'admirant univers-.