‹ ExtraitsChapitre 196 sur 285 · I.KS u MOIOIKF.S liOnrilMOMllI- -. -iS · texte numérisé non relu

I.KS u MOIOIKF.S liOnrilMOMllI- -. -iS

avor iino insolcnre plus l'astuoiise. plus conliinio ot. parfois, plus puiM'ilo: que personne ne s'est jilus naïvement cru le centre ilu monde et n'a plus résolument tenté de le persuader aux autres; et qu'en fin de compte, nul n'a mieux justifié le mot célèbre de Pascal : « Le moi est haïssable »? — Il y a, je le reconnais, des ■< moi .. plus modestes. Mais, outre que l'oroueil de Chateaubriand a des accalmies et comme des repentirs dont l'humilité chrétienne n'est pas entièrement absente, ne faut-il pas avouer que peu d'hommes, après tout, ont eu plus de droits à se croire char2(^s d'un |)remier ri')li^ sur la scène de ce monde? Et si, par hasard. Naixdéon avait lui-même écrit ses Mémoires, aurait-on pu lui i-eprocher de s'être toujours représenté au premier plan? Or. tout n'est pas rodomontade et vanité d'auteur dans le rapprochement qu'à chaque instant suggèrent et que trop souvent expriment les Mémoires d'Outre-Tombe entre Napoléon et Chateaubriand; et peut-être à cet égard, le seul tort de René est-il d'en avoir eu trop fortement conscience.

Et puis, et surtout, devons-nous oublier que nfius sommes en présence non seulement d'une autobiographie, mais d'une œuvre lyrique? et qui a jamais reproché à une Contemplation de Hugo ou à une Méditation de Lamartine d'être de la poésie « personnelle »? Andrieux, peut-être : mais qui a écouté .\ndrieux? Or, à les bien prendre, les Mémoires d'Oiitre-Tombe ne sont pas autre chose qu'une ode triom|)hale en plusieurs volumes: et il faut, pour les apprécier ù leur val<?ur. les voir des mêmes yeux que VOde à Michel de l'Hôpital. Et peut-être même est-ce trop peu dire encore. Car il y a dans les Mémoire>i des coins de poésie intime et familière, des paysages, des fragments d'h>mne ou de satire, et bien d'autres pages dont le ton diffère de celui de l'ode. Mais rien de tout cela n'est contradictoire à l'essence même de la poésie lyrique; et je ne sais si, dans toute la littérature française, il existe une seule œuvre où toutes les variétés du lyrisme soient aussi complètement représentées. Depuis les plus fugitives nuances de l'émotion personnelle jusqu'aux sentiments les plus généraux que le cœur humain puisse é|)rouver. le génie de Chateaubriand a embrassé et parcouru toute la gamme des thèmes lyriques; tantôt sa personnalité s'est repliée sur elle-même pour se saisir et s'exprimer dans les manifestations les plus intimes et les plus inaccessibles : tantôt, et sans cesser d'ail-

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leurs d'être elle-même, elle s'est élargie, presque dépouillée, jusqu'à paraître absorber l'univers ou s'abîmer en lui: et dans son é|iopée lyrique, l'inspiration des Vaines tendresses s'est mariée sans effort à celle de la Légende des siècles.

Il suit de là que si l'on veut connaître à fond Chateaubriand. — inlus et in eu te, comme disait Sainte-Beuve, — ce sont les Mémoires surtout qu'il faut lire ; car c'est le seul de tous ses livres où il se soit mis tout entier, c'est le seul où il ait d('plf)\('' librement tous les aspects de son génie et toutes les contradicliuns de son cœur. Toute son œuvre aboutit à ce livi'e: et, sans ce livre, son œuvre demeurerait incomplète et en |)artie inexpliquée. Il le sentait bien : de là sa tendresse toute paternelle pour ce « pauvre orphelin destiné à rester après lui sur la terre « ; de là le soin qu'il mit à l'écrire, les retouches incessantes qu'il lui fit subir, la curiosité inquiète avec lacjuelle il essayait d'en prévoir et d'en préparer la fortune. Dans les derniers mois de sa vie, comme pour donner une fête suprême à son imagination, en présence de cinq ou si\ amis, il s'était fait faire une lecture intégrale des Mémoires *. Va l'on peut sans doute sourire de ces préoccupations d'artiste acconqiagnant le poète jusqu'au seuil même de la mort. Mais l'Iles ont liien aussi leur signification et leur éloquence. Car ce livre, c'était bien plus qu'un livre pour lui : c'était toute une partie de lui-même, la plus chère, la plus intime: et que dis-je? une partie : c'était lui-même, c'était son « moi >> qu'il avait projeté dans ces pages ; les mystères de son cœur, de son « inexplicable cœur », il les y avait sinon dévoilés, du moins indiqués au regard clairvoyant; les dons incomparables de son génie, il les y avait répandus sans compter. Et, au rythme souverain de ses phrases, ce n'était pas seulement sa vie, telle qu'il l'avait faite et telle qu'il l'avait rêvée, qu'il voyait se dérouler sous ses yeux : c'était son âme même qui. avant de « se réunir au faisceau des lyres brisées », lui donnait son dernier concert.

En résumé, un poème, et un poème lyrique, tel est le trait sur lequel on ne saurait trop appuyer quand on parle des Mémoires d'Outrê-Tombe. C'est, à bien des égards, l'œuvre

1. Louis lie Loménie, qui était présent à ces « adieux de I-'untainebleau <>, en a parlé dans la Revue des Deux Mondes des 15 Juillet et 1" .Septembre

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