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MOM PÈRE ET MA MERE

M. de Chateaubriand était grand et sec; il avait le nez aquilin, les lèvres minces et pâles, les yeux enfonces, petits et pers ou glauques, comme ceux des lions ou des anciens barbares. Je n'ai jamais vu un pareil regard : quand la colère y montait, la prunelle étincelante sem- Mait se détacher et venir vous frapper comme une balle.

Une seule passion dominait mon père, celle de son nom. Son état habituel était une tristesse profonde que làge augmenta, et un silence dont il ne sortait que ]tar des emportements. Avare dans Tespoir de rendre à sa famille son premier éclat, hautain aux états de Bretagne avec les gentilshommes, dur avec ses vassaux à Combourg, taciturne, despotique et menaçant dans son intérieur, ce qu'on sentait en le voyant, c'était la crainte. Si) eût vécu jusqu'à la Révolution et s'il eût été plus jeune, il aurait joué un rôle important, ou se serait fait massacrer dans son château. Il avait certainement du génie; je no doute pas qu'à la tète des administrations ou des armées, il n'eût été un homme extraordinaire....

Ma mère, douée de beaucoup d'esprit et d'une imagination prodigieuse, avait été formée à. la lecture de Fénelon, de Racino.de madame de Sévigné, et nourrie desanecdotes do la cour de Louis XIV; elle savait tout Ci/cus par cœur. Apolline de Bedée.avecde grands traits, était noire, petite et laide ; l'élégance de ses manières, l'allure vive de son humeur, contrastaient avec la rigidité et le calme de mon père. Aimant la société autant qu'il aimait la solitude, aussi pétulante et animée qu'il était immobile et froid, elle n'avait pas un goût qui ne fût opposé à ceux de son mari. La contrariété qu'elle éprouva la rendit mélancoiiciue, de légère et gaie qu'elle était. Obligée de se taire

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quand elle eût voulu jjai'ler, elle s'en tlédonimageait |iai' une espèce de tristesse bruyante entrecoupée de soupirs, qui interrompaient seuls la tristesse muette de mon père. Pour la piété, ma mère était un ange.

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