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LES « MÉMOIRES DUUTRE-TOMBE

pieds les cadavres d'hommes étrangers, expirés loin do leur patrie. Mme de Chateaubriand me disait comme sainte Monique disait à son fils : Xihil lonye est a Deo, « Rien n'est loin de Dieu. » On avait confié mon éducation à la Providence : elle ne m'épargnait pas les leçons.

Voué à la Vierge, je connaissais et j'aimais ma protectrice que je confondais avec mon ange gardien : son image, qui avait coûté un demi-sou à la bonne Villeneuve, était attachée, avec quatre épingles, à la tête de mon lit. J'aurais dû vivre dans ces temps où l'on disait à Marie : « Doulce dame du ciel et de la terre, mère do pitié, fontaine de tous biens, qui portastes Jésus-Christ en vos prétieulx flânez, belle très doulce Dame, je vous mercye et vous prye. »

La première chose que j'aie sue par cœur est un cantique de matelot commençant ainsi :

Je mets ma confiance, Vierge, en votre secours ; Servez-moi de défense, Prenez soin de mes jours :

Et quand ma dernière heure Viendra finir mon sort, ()l)tenez que je meure De la plus sainte mort !

J'ai entendu depuis cliantor ce cantique dans un naufrage. Je répète encore aujourd'hui ces méchantes rimes avec autant de plaisir que des vers d'Homère : une madone coiffée d'une couronne gothique, vêtue d'une robe de soie bleue, garnie de frange d'argent, m'inspire plus de dévotion qu'une Vierge de Raphaël.

Du moins, si cette pacifique Etoile des mers avait pu calmer les troubles de ma vie! Mais je devais être agité, même dans mon enfance; comme le dattier de l'.^rabe, à peine ma tige était sortie du rocher qu'elle fut battue du vent....

Voilà le tableau de ma première enfance; j'ignore si la dure éducation que je reçus est bonne en principe, mais elle fut adoptée de mes proches sans dessein et par une suite naturelle de leur humeur. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'elle a rendu mes idées moins semblables à celles des autres hommes; ce qu'il y a de plus sûr encore, c'est qu'elle a imprimé à mes sentiments un caractère de mélancolie née chez moi de l'habitude de souffrir à l'âge de la faiblesse, de l'imprévoyance et do la joie.

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