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LES « MÉMOIRES D'OUTRE-TOMBE ». ."H

(lissent do leurs tloiirs (|u"on prendrait |)Our des papillons d'or. Les haies, au long desquelles abondent la fraise, la framboise et la violette, sont décorées d'aubépine, de chèvrefeuille, de ronces dont les rejets bruns et courbés portent des feuilles et des fruits magnifiques. Tout fourmille d'abeilles et d'oiseaux; les essaims et les nids arrêtent les enfants à chaque pas. Dans certains abris, le myrte et le laurier-rose croissent en pleine terre, comme en Grèce ; la figue mûrit comme en Provence; chaque pommier, avec ses fleurs carminées, ressemble à un gros bouquet de fiancée de village....

Entre la mer et la terre s'étendent des campagnes ]iélagiennes, frontières indécises des deux éléments : lalouette de champ y vole avec l'alouette marine; la charrue et la barque, k un jet de pierre l'une de l'autre, sillonnent la tei're et l'eau. Le navigateur et le berger s'empruntent mutuellement leur langue : le matelot dit les vagues moutonnent^ le pâtre dit des flottes de moutons. Des sables de diverses couleurs, des bancs variés de coquillages, des varechs, des franges d'une écume argentée, dessinent la lisière blonde ou verte des blés. Je ne sais plus dans quelle île de la Méditerranée j'ai vu un bas-relief représentant les Néréides attachant des festons au bas de la robe de Gérés.

Mais ce qu'il faut admirer en Bretagne, c'est la lune se levant sur la terre et se couchant sur la mer.

Établie par Dieu gouvernante de l'abîme, la lune a ses nuages, ses vapeurs, ses rayons, ses ombres portées comme le soleil; mais comme lui, elle ne se retire pas solitaire; un cortège d'étoiles l'accompagne. A mesure

pt rappelle singulièrement l'Angleterre. Des vallons profonils où coulent de petites rivières non navigables présentent des perspectives secrètes et solitaires. Les bruyères, les roches, les sables qui séparent ces vallons entre eux en font mieux sentir la fraîcheur et l'agrément.

« Nous partîmes de Saint-Malo au lever du soleil, ma mère, mes quatre

r,ll CHATEAUBRIAND.

(juo. sur mon rivage natal olle descend au bout du ciel, elle accroît son silence qu'elle communique à la mer; bientôt elle tombe à l'horizon, l'intersecte, ne montre plus que la moitié de son front qui s'assoupit, s'incline et disparaît dans la molle intumescence des vagues. Les astres voisins de leur reine, avant de plonger à sa suite, semblent s'arrêter, suspendus à la cime des flots. La lune n'est pas plutôt couchée, qu'un souffle venant du large brise l'image des constellations, comme on éteint les flambeaux après une solennité ^

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