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l'i'xislenL'e inléi'ioiire et théorique, jo suis 1 lionimo do Ions les songes; dans l'existence extérieure et pratique, l'honime des réalités, .\ventureux et ordonné, passionné et méthodique, il n'y a jamais eu d'être à la fois plus chimérique et plus positif que moi. de plus ardent et de plus glacé ; androgyne bizarre, pétri des sangs divers de ma mère et de mon père.
Les portraits qu'on a faits de moi, hors de toute ressemblance, sont principalement dus à la réticence de mes paroles. La foule est trop légère, trop inattentive pour se donner le temps, lorsqu'elle n'est pas avertie, de voir les individus tels qu'ils sont. Quand, par hasard, j'ai essayé de redresser quelques-uns de ces faux jugements dans mes préfaces, on ne m"a pas cru. En dernier résultat, tout m'étant égal, je n'insistais pas; un comme vous voudrez m'a toujours débarrassé de l'ennui de persuader personne ou de chercher à établir une vérité'. Je rentre dans mon for intérieur, comme un lièvre dans son gîte : là je me remets à contempler la feuille qui remue ou le brin d'herbe qui s'incline.
Je ne me fais pas une vertu de ma circonspection invincible autant qu'involontaire : si elle n'est pas une fausseté, elle en a l'apparence ; elle n'est pas en harmonie avec des natures plus heureuses, plus aimables, plus faciles, plus naïves, plus abondantes, plus communicatives que la mienne. Souvent, elle m'a nui dans les sentiments et dans les affaires, parce que je n'ai jamais pu souffrir les explications, les raccommodements par protestations et éclaircissements, lamentations et pleurs, verbiage et reproches, détails et apologies.
1. Cela est surtout vrai de la vie politique de Chateaubriand.
CilATEArUlUAMt.
UN PAYSAN VENDEEN
M. du Theil, chargé des affaires de M. le comte d'Artois à Londres, s'était hâté de chercher Fontanes: celui-ri me pria do le conduire chez l'agent des princes. Nous le Irouvàmes environné de tous ces défenseurs du trône et de l'autel qui battaient les pavés do Piccadillyi, d'une foule d'espions et de chevaliers d'industrie échappés de i^aris sous divers noms et divers déguisements, et d'une nuée d'aventuriers belges, allemands, irlandais, vendeurs do contre-révolution. Dans un coin de cette foule était un homme de trente k trente-deux ans qu'on ne regardait jioint, et qui ne faisait lui-même attention qu'à une gravure de la mort du général Wolfe-. Frappé do son air. je m'enquis de sa personne ; un de mes voisins me répondit : a Ce n'est rien; c'est un paysan vendéen porteur dune lettre de ses chefs. ».
Cet homme, qui n'était ricn^ avait vu mourir Catholineau, premier général de la Vendée et paysan comme lui; Bonchanip, en qui revivait Bayard; Lescure, armé d'un cilice non à l'éprouve de la balle; d'Elbée. fusillé dans un fauteuil, ses blessures ne lui permettant pas dembrasser la mort debout; la Rochejaquolein, dont les patriotes ordonnèrent de vérifier le cadavre, afin de rassurer la Convention au milieu de ses victoires. Cet homme, qui n'était rien., avait assisté à deux cents prises et reprises de villes, villages et redoutes, à sept cents actions particulières et à dix-sept batailles rangées: il avait combattu trois cent mille hommes do troupes réglées, six ;i sept cent mille réquisitionnairos et gardes nationaux: il avait aidé à enlever cent pièces do canon et cinquante