REVERIE ARCHEOLOGIQUE A MADAME RÉCAMIER
Ro)iie. jeudi b février 1829. — .lai commencé une fouille avant-hier, mardi, en cessant de vous écrire... Cette fouille va devenir le but de mes promenades; je vais aller m'asseoir tous les jours au milieu de ces débris. A quel siècle, à quels hommes appartenaient-ils? Nous remuons peut-être la poussière la ]j1us illustre sans le savoir. Une inscription viendra peut-être éclairer quelque fait historique, détruire quelque erreur, établir quelque vérité. Et puis, quand je serai parti avec mes douze paysans demi-nus, tout retombera dans l'oubli et le silence. Vous représentez-vous toutes les passions, tous les intérêts qui s'agitaient autrefois dans ces lieux abandonnés? Il y avait des esclaves et des maîtres, des heureux et des malheureux, de belles personnes qu'on aimait et des ambilieux qui voulaient être minisires. Il y reste quehiues oiseaux cl moi, encore pour un leuijis fort court; nous nous envolerons bientôt. Dites-moi, croyez-vous que cela vaille la peine d'être membre du conseil d'un pelit roi des Caules, moi, barbare de l'Armoriquc, voyageur chez des sauvages d'un monde
LES « MÉMOIRES IfOni'.E-TOMBE o. .-,00
inconnu des Romains, et ambassadeur auprès d'un de ces prêtres qu'on jetait aux lions*? Quand j'appelai Léonidas à Lacédémone, il ne répondit pas : le bruit de mes pas à Torre Vevgata n'aura réveillé personne. Et quand je serai à mon tour dans mon tombeau, je n'entendrai pas même le son de votre voix. Il faut donc que je me hâte de me rapprocher de vous et de mettre fin à loutes ces chimères de la vie des hommes. Il n'y a do bon que la retraite, et de vi'ai qu'un attachement comme le vôtre.