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AU CLAIR DE LUNE DANS ROME

Hier j"ai vagué au clair do la lune dans la campagne entre la porte Angéli(iue et le mont Marius. On entendait un rossignol dans un étroit vallon balustré de cannes. Jo n'ai retrouvé que là cette tristesse mélodieuse dont parlent les poètes anciens, à propos de l'oiseau du printemps, Le long sifflement que chacun connaît, et qui précède les brillantes batteries du musicien ailé, n'était pas perçant comme celui de nos rossignols; il avait quelque chose de voilé comme le sifflement du bouvreuil de nos bois.

1. Nous avons publié le texte récrit des Mémoires d'Outre-Tombe. \'oici le texte de la vraie lettre d'après les Souvenirs et Correspondance, tirés des papiers de Madame Récamier, t. II, p. 3J7-3J8 : « Je commence celte lettre le vendredi saint, au soii', au sortir de la Chapelle Sixtine, après avoir assisté à ténèbres et entendu chanter le Miserere. Je me souvenais que vous m'aviez parlé de cette belle cérémonie, et j'en étais à cause de cela cent fois plus touché. C'est vraiment incomparable : cette clarté qui meurt par degré, ces ombres qui enveloppent peu à peu les merveilles de Michel-Ange; tous ces cardinaux à genoux, ce nouveau pape prosterné lui-même au pied de l'autel où quelques jours avant j'avais vu son prédécesseur; cet admirable chant de souffrance cl de miséricorde, s'élevant par intervalles dans le silence et la nuit;/'jf/cc d'un Dieu mourant sur la croix pour expier les crimes et les faiblesses des hommes; Rome et tous ses souvenirs sous les voûtes du Vatican ; que n'étiez-vous là avec moi! J'aime jusqu'àces cierges dont la lumière étouffée laissait échapper une fumée blanche, image d'une vie subitement éteinte. C'est une belle chose que Rome, pour tout oublier, pour mépriser tout et pour mourir. :>

Toutes -ses noies étaient baissées (Tun dciiii-lon; sa romance à refrain était transposée du majeur au mineur: il chantait à demi voix; il avait l'air de vouloir charmer le sommeil des morts et non de les réveiller. Dans ces parcours incultes, la Lydie d'Horace, la Délie de Tibulle, la Corinne d'Ovide, avaient passé; il n'y restait que la Philomèle de Virgile. Cet hymne d'amour était puissant dans ce lieu et à cette heure: il donnait je ne sais quelle passion d'une seconde vie : selon Socrate, l'amour est le désir de renaître par l'entremise de la beauté; c'était ce désir que faisait sentir à un jeune homme une jeune fille grecque en lui disant : « S'il ne me restait que le fil de mon collier de perles, je le partagerais avec toi. »

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