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CYNTHIE

Je .>uivai> la ruutc où passa Vauvcnargiies dans la retraite de Prague, ce jeune homme à qui Voltaire, dans l'éloge funèbre des officiers morts en 1741, adresse ces liaroles : « Tu n'es plus, ô douce espérance du reste de mes jours: je t'ai toujours vu le jikis infortuné des hommes et le plus tranquille. »

Du fond de ma calèche, je regardais se lever les étoiles.

N'ayez pas peur, Cynthie* ; ce n'est que la susurralion des roseaux inclinés par notre passage dans leur forêt mobile. J'ai un poignard pour les jaloux et du sang pour toi. Que ce tombeau ne vous cause aucune épouvante; c'est celui d'une femme jadis aimée comme vous : Cecilia Metella reposait ici.

Qu'elle est admirable, cette nuit, dans la campagne loniaine ! La lune se lève derrière la Sabine pour icgarder la mer: elle fait sortir des ténèbres diaphanes les sommets cendrés de bleu d'Albano, les lignes plus lointaines et moins gravées du Soracte. Le long canal des vieux aqueducs laisse échapper quelques globules de son onde à travers les mousses, les ancolies, les giroflées, et joint les montagnes aux murailles de la ville. Plantés les uns sur les autres, les portiques aériens, en découpant le ciel, promènent dans les airs le torrent des âges et le cours des ruisseaux. Législatrice du monde, Rome, assise sur la pierre de son sépulcre, avec sa robe de siècles, projette le dessin irrégulier de sa grande figure dans la solitude lactée.

.\sseyûns-nous : ce pin. comme le chovrier des Abruzzes,

I. Cyntliie, c'al tout à la fois l'un des surnoms de Diane el le suinuni de l'amie de Properce.

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déploie son ombrelle parmi des ruines. La lune neige sa lumière' sur la couronne gothique de la tour du tombeau de Metella et sur les festons de marbre enchaînés aux cornes des bucranes; pompe élégante qui nous invite à jouir de la vie, sitôt écoulée.

Écoutez! la nymphe Egéric chante au bord de sa fontaine; le rossignol se fait cntendi-e dans la vigne de l'hypogée des Scipions; la brise alanguie de la Syrie nous apporte indolemment la senteur des tubéreuses sauvages. Le palmier de la villa abandonnée se balance à tlemi noyé dans raméthystc cl l'azur des clartés phébéennes. Mais toi, pâlie par les reflets de la candeur de Diane, ô Cynthie, tu es mille fois plus gracieuse que ce palmier. Les mânes de Délie, de Lalagé, de Lydie, de Lesbie, posés sur des corniches ébréchées, balbutient autour de toi des paroles mystérieuses. Tes regards se croisent avec ceux des étoiles et se mêlent à leurs rayons.

Mais, Cynthie, il n'y a de vrai (jue le bonheur dont lu peux jouir. Ces constellations si brillantes sur ta tète ne s'harmonisent à tes félicités que par l'illusion d'une perspective trompeuse. Jeune Italienne, le temps finit! sur ces tapis de fleurs tes compagnes ont déjà passé.

tJne vapeur se déroule, monte et enveloppe l'œil de la nuit d'une rétine argentée ; le pélican crie et retourne aux grèves; la bécasse s'abat dans les prêles des sources diamantées; la cloche résonne sous la coujjolc de Sainll'icrre; le plain-chant nocturne, voix du moyen âge. attriste le monastère isolé de Sainte-Croix; le moine psalmodie à genoux les laudes, sur les colonnes calcinées de Saint-Paul; des vestales se prosternent sur la dalle

1. Neiger est toujours neutre. Mais quel grammairien oserait refuser au grand écrivain le droit de créer celte étonnante .nlliance de mots ?

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