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ESSAI SUR LES RÉVOLUTIONS

NOTICK

Les Natchez et le Voyage en Amérique ont été probalilcinent composés, au moins en partie, avant ï Essai: mais (piand (liiateautjriand les livra à l'impression, en 1826 et en 1827, il eut bien soin de les retoucher sans doute assez profondément. « VEssai historique, connne les Xatchez, nous a-t-il avoué, est la mine d'où j'ai tiré la plupart des matériaux employés dans mes autres écrits: mais au moins les lecteurs ne verront les Natchez que dégagés de leur alliage. » Dans les Natchez et le Voyage en Amérique, nous ne sonnnes donc jamais surs de lire le texte vraiment primitif. Au contraire, dans VEssai — qui n'a pas été retouché en 1826, — nous saisissons à l'état pur le premier jet d'un écrivain de vingt-neuf ans.

" Littérairement parlant, — écrivait Chateaubriand en 1816 dans la Préface de ses Mélanges de Politique, à propos de son Essai, — littérairement parlant, ce livre est détestable, et parfaitement ridicule; c'est un chaos où se rencontrent les Jacobins et les Spartiates,. Za Marseillaise et les chants de Tyrtée, un voyage aux Açores et le Périple d'Hannon, l'éloge de Jésus-Ciu-ist et la critique des moines, les vers dorés de Pythagore et les fables de M. de Nivernois, Louis XVI, Agis, Charles \'\ des promenades solitaires, des vues de la nature, <lu malheur, de la mélancolie, du suicide, de la politique, un ])elil commencement à'Atala, Robespierre, la Convention, el des discussions sur Zenon, Épicure et .\ristote: le tout en style sauvage et boursouflé, plein de fautes de langue, d'idiotismes étrangers et de barbarismes. » (Je jugement est trop dur, mais il comporte une certaine part de vérité, et, mieux

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(|ii'iini' iiiiiilxsc. (railleurs iiii|iussililc. il iiiilii|iii' Imil ci' (lUi- Cliatoaubriaml a entassé de lails d de iinlions divei'ses dans " son vieuv; l\)iirana ».

Kiniiin'', l)lossé, relovanl à peine d'une longue maladie, il «■■lait arrivé à Londres au printemps de 1793. Des travaux île lihraii'ie, des traductifuis, des leeons de Iraneais. l'empéelièrent de mourir de faim. Mais l'écrivain ([ui était en lui hrùlait de se l'aire connaître, et il eut l'idée d'un arand ouvraLie île pliilosopliie liistorii[iie sur le sujet qui passionnait alors tout le monde, les événements de France. Le livre, ou plutôt la première partie du livre, car VEssai est inachevé, parut h Londres, en 1797, en un gros volume in-8°, sous ce litre : Esfifn histori(jii(', politique et moral sur les Révolutions anciennes et modernes, considérées dans leurs rapports avec la Révolution française de nos jours: il était « dédié à tous les partis ». Il passa à peu près complèteinent inaperiju en France, — nous ne connaissons guère sur le livre qu'un article, du reste élogieuK. du Républicain français^ — nu\is il fil quelque bruit dans la ci'itique anglaise et dans le monde de l'émigration [cf. F. Haldensperger, Éludes dliistoire littéraire^ "2= série, r.UO]. En 1812, on exhuma VEssai pour attaquer Chateaubriand et ro])poser à lui-même. N'a>ant |)u alors réimprimer librement et intégralement son livre, il réalisa ce projet en tête de l'édition de ses Œuvres complètes, en 18"2r): il ajouta sinqdement à son premier texte une Préface nouvelle, et des notes où il se critique lui-même avec une vivacité parfois un peu impatientante. Il y a des modesties orgueilleuses, et celle de Chateaubriand était de cette espèce.

" Quai-je prétendu prouver dans VEssai^ écrivait-il. Qu'il n'ii a rien de nouveau sous le soleil, et qu'on retrouve dans les révolutions anciennes et modernes les personnages et les principaux traits de la Révolution française. On sent combien cette idée, poussée trop loin, a dû produire de rapprochements forcés, ridicules ou bizarres. » Ce qui est en tout cas certain, c'est que cette idée du cercle où tourne perpétuellement l'humanité est beaucoup plus proche de l'idée chrétienne qiu; l'idée rationaliste de progrès recliligne où s'était complu tout le xviir siècle. Et, de fait, ce livre de jeunesse est bien plutôt un livre de doute qu'un livre de négation véritable. A ci'dé de bien des pages où s'étale assez na'ivement l'influence «les doctrines encyclopédiques, il en est d'autres, — et ce sont

ClIATKAnUlilAMl. 3

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les plus reiiian(iuilil('s. — dune iiis|iir;iti(iii toute ilifféronle. c'osl-à-cUre déjà reliaieuso. Ce sont là comme les premières ébauches du Génie dit Christianisme^ et il n'y aurait. — on le verra plus loin. — i[u'à arouper ces divers i'rafj-ments pour (ditenir comme un jtremier Génie, fort abrégé sans doute, mais dont les prinripauv leit-molifs seraient bien facilement reconnaissables. Chateaubriand du reste la si bien senti (pi'il a lrans|)orté. en les renutniant un peu. presque toutes ces pages dans le grand ouvrage apolugétiipie (jue sa conversion prochaine va lui inspirer.

Tel est cet •< étonnant ■■ Essai sur les Révolutions, comme l'appelait .Vrmand t'.arrel, livre plein de défauts sans doute, mais aussi plein non seulement de talent, mais de génie. Il n'était pas besoin d'être grand prophète jwur voir, en le lisant, qu'un grand écrivain nous était né. Cliateaul>riand a fait plus tard d'assez justes réserves sur l'incon'ection — relative — et l'imprécision du style: mais ce style, déclarait-il, « a la verve de la jeunesse, et il renferme tous les germes de ce qu'on a bien voulu traiter avec quelque indulgence dans mes éci'its d'un âge plus luùr. Il y a même, ajoutait-il, un progrès sensible des premières pages de VEssai au\ dernières : les trois ans (pie je mis à élever celte tour de Babel m'avaient profité conmie écrivain. ■ On ne iieul que lui donner raison.

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