AUX INFORTUNES — LES EVANGILES
T'n livre vraiment utile au misérable, parce qu'on y Irouve la pitié, la tolérance, la douce indulgence, l'espé-
1. Il va sans ilire f|ue tuiite rette page est un plaidoyer pro domo.
KSSAI srii LES r.KVdl.lTIOXS. i:.
ranci' i»lus douco encore, qui coni|ioscnt le seul baume des blessures de Tànie, ce sont les Evangiles. Leur divin auteur ne s'arrête point à prêcher vainement les infortunés, il fail ]ilus : il bénil leurs larmes, et boil avec eux le calici^ jusqu'à la lie....
Un infortuné parmi les enfants de la prospérité ressemble à un gueux qui se promène en guenilles au milieu d'une société brillante : chacun le regarde et le luit. Il doit donc éviter les jardins publics, le fracas, 'te iii'and joui'; le plus souvent même il ne sortira que la nuit. Lorque la brune commence à confondre les objets, notre infortuné s'aventure hors de sa retraite, et, traversant en hâte les lieux fréquentés, il gagne quelque chemin solitaire, où il puisse errer en liberté. Un jour il va s'asseoir au sommet d'une colline qui domine la ville et commande une vaste contrée; il contemple les ['ru\ qui brillent dans l'étendue du [laysage obscur, sous tous ces toits habités. Ici, il voit éclater le réverbère à la jiorte de cet hôtel, dont les habitants, plongés dans les plaisirs, ignorent qu'il est un misérable, occujié seul à regarder de loin la lumière de leurs fêtes : lui qui eut aussi des fêtes et des amis! Il ramène ensuite ses regards sur quelque petit rayon tremblant dans une pauvre maison écartée du faubourg, et il se dit : « Là. j'ai des frères'. »
1. « On l'elroiive ([uelque chose de ce passage ilnn-* René. » (Noie de is'ti.) — Dans un exemplaire de l'Essai où Chateaubriand avait, ('tant encore à Londres, annoté de sa main, et qu'on est convenu d'appelei- V Exemplaire confidentiel (Sainte-Beuve, qui l'avait acquis, a cité quel ques-unes de ces notes, qui ont toutes été reproduites dans l'édition Uariiier de l'Essai), Chateaubriand ici, avait écrit en marge : « Ici, j'ai peint ma vie en Angleterre. J'avais d'abord parlé à la première personne, mais il me semble que la troisième fait plus d'effet. »