LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE SOUS LOUIS XIV
« ... Kli bien ! conlinii;! noii'o liùte, que |)en8es-[(i maintenant de notre nation? Trouves-tu ici assez d'iioninies et de clioscs extraorrlinaires? Des prélats aussi dift'ércnts de talents (jue île principes, des gens de Ictires reniar([uable.s par le contraste de leui' génie, des liuieaux de beaux esprits en guerre, des courti.sans se disputant bnirs dépouilles nuituelles, des généraux divisés, des magistrats qui ne s'entendent pas, des ordonnances admirables, mais transgressées, la loi proclamée souveraine, mais toujours suspendue par la diclatun^ royale, un liomme envoyé aux galères pour un temps, mais y demeurant toute sa vie, la ]jropriété déclarée inviolable, mais confisquée par le bon jjlaisir du maître, tous les citoyens libres d'aller où ils veulent et de dire ce qu'ils pensent, sous la réserve d'être arrêtés, s'il plaît au roi, et d'être envoyés au gibet en témoignage de la liberté des opinions, enfin, des éilifices élevés, des manufactures formées, des colonies fondées, la marine créée. l'Europe à demi subjuguée, une partie de la nation cha.ssant une autre jjarlie de cette nation : tel est ce siècle, dont tu vois l'abrégé dans celte salle ; siècle qui. malgré ses erreurs, restera modèle de gloire ; siècle dont on ne sentira bien la grandeur que lorsqu'on le prétendra surpasser. »
En achevant ces mots, mon instructeur ' me quitta pour aller ailleurs observer les hommes : il ne me |iarut pas une dos moindres raretés du siècle qu'il venait <Ic peindre.
t. L.-i Bnivi'i'e.
l.i;s NATCIIEZ.
CHACTAS ET FENELON
« < ;Ii;k'(;is. iiir dil-il, nous soiniucs nt's dans dos |)ays liii^n t'iuignés liin de raulro, mais croyez-vous qu'il y ,iil entre les lioninies de grandes différences de vertus, cl conséqueninient de bonheur?... Si les vertus sont des l'iiianalions du Tout-Puissant, si elles sont nécessairement plus nombreuses dans rordrc social que dans l'ordre naturel, l'état de société, qui nous rapproche d.ivantage de la divinité, est donc un état supérieur à crkii de nature.
« 11 est parmi nous d'ardents amis de leur patrie, des cœurs nobles et désintéressés, des courages magnanimes, des âmes capables d'atteindre à ce qu'il y a de plus grand. Songeons, quand nous voyons un misérable, non à ses haillons, non à son air humilié et timide, mais aux sacrifices qu'il l'ait, aux vei-tus (juolidiennrs (|u'il est obligé de reprendre chaifue matin avec ses pauvres vêtements pour affronter les tempêtes de la journée ! Alors, loin de le regarder comme un être vil, vous lui [lurterez respect. Et s'il existait dans la société d'un homme qui en jiossédàt les vertus sans en avoir les vices, sei-ait-ce à cet homme que vous oseriez comparer le .sauvage? En paraissant tous les deux au tribunal du Dieu des chrétiens, du Dieu véritable, quelle serait la sen- Irnce du juge? Toi. diiail-il au sauvage, tu ne fis point do mal. mais tu ne fis point de bien. Qu'il passe à ma droite, celui qui vêtit l'orphelin, qui protégea la veuve, qui réchauffa le vieillard, qui donna à manger au Lazare, rar c'est ainsi que j'en agis, lorsque j'habitais entre les hommes. »
Ici le chef de la prière cessa de se faire entendre. Le miel distillait de ses lèvres; l'air se caluiait autour de
t)'i CIIATKArillUAMi.
lui ;i iHouii' qu'il parlait. ( ii' qu'il j'aisail éprouvei' n'élaif jias (les transports, mais une succession de sentinionls I)aisibles et ineffables ; il y avait dans son discours je ne .sais quelle tranquille harmonie, je ne sais quelle douce lenteur, je ne sais quelle longueur de grâces, qu'aucune expression ne peut rendre'. Saisi de respect et d'amour, Je me jetai aux pieds de ce bon génie.
« Mon père, lui dis-je, tu viens de l'aiii' de moi un nouvel homme. Les objets s'offrent ;i mes yeux sous des rapports qui m'étaient auparavant inconnus. 0 h' plus vénérable des sachems, chaste et pure hermine des vieux ehénes! que ne puis-jc t'emmener dans mes Ibrèts! Mais, je le sens, tu n'es pas fait pour habiter parmi des sauvages; ta place est chez un peuple où l'on peut admirer ton génie et jouir di' tes vertus. Je vais bientôt rentrer <lans les déserts du Nouveau Monde; je vais reprendre la vie errante de l'Indien; après avoir converse avec ce «|u'il y a de plus sublime dans la société, je vais entendre h^s parolo lie Cl' qu'il y a de plus simple dans la nature : mais, quels que .soient les lieux oi^i le Grand Esprit con- <luisc mes pas, sous l'arbre, au bord du fleuve, sur le rocher, je rappellerai tes leçons, et je tâcherai de devenir saire de ta sas'esse. »