PAYSAGE POLAIRE
Nous arrivâmes à une contrée où le soleil ne se couchait plus. Pâle et élargi, cet astre tournait tristement autour d'un ciel glacé; de rares animaux erraient sur des montagnes inconnues. D'un côté s'étendaient des champs de glace, contre lesquels se brisait une mer décolorée; de l'autre, s'élevait une terre hâve et nue, qui n'offrait qu'une morne succession de baies solitaires et de caps décharnés. Nous cherchions quelquefois un asile dans des trous de rochers, d'où les aigles marins s'envolaient avec de grands cris. J'écoutais alors le bruit des vents répétés par les échos de la caverne, et le gémissement des glaces qui se fendaient sur la rive.
Et cependant il est quelquefois un charme à ces régions désolées. Rien ne peut donner une idée du moment où le soleil, touchant la terre, semblait rester immobile, et remontait ensuite dans le ciel, au lieu de descendre sous l'horizon. Les monts revêtus de neige, les vallées tapissées de la mousse blanche que broutent les rennes, les mers couvertes de baleines et semées de glaces flottantes, toute cette scène, éclairée comme à la fois par les feux du couchant et par la lumière de l'aurore, brillait des plus tendres et des plus riches couleurs : on ne savait si on assistait à la création ou à la fin du monde. Un ])etit oiseau, semblable à celui qui chante la nuit dans nos bois, faisait entendre un ramage plaintif. L'amour amenait alors le sauvage Esquimau sur le ro-
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cIk'I' uù l'allcndail t-a compagne; ces noces de 1 liomnie aux dernières bornes de la terre n'élaienl ni sans Ijompe ni sans félicité.
Mais bientôt à une clarté perpétuelle succéda une nuit sans tin. Un soir le soleil se coucha et ne se leva plus. Une aurore stérile, qui n'enfanta point Tastre du Jour, parut dans le septentrion. Nous marchions à la lueur du météore, dont les tlammes mouvantes et livides s''attachaient à la voûte du ciel comme à une surface onctueuse.
Les neiges descendirent; les tiaims, les caribous, les oiseaux même, disparurent : on voyait tous ces animaux passer et retourner vers le midi : rien n'était triste connue cette migration qui laissait l'homme seul. Quel- (jues coups de foudi'e, qui se prolongeaient dans des solitudes où aucun être animé ne les pouvait entendre, semblèrent séparer les deux scènes de la vie et de la mort. La mer fixa ses flots; tout mouvement cessa; et au bruit des glaces brisées succéda un silence universel '.