UNE NUIT DANS LA SAVANE
La nuit se leva, revêtue de cette beauté ([u'elle n';i que dans les solitudes américaines. Le ciel étoile était parsemé de nuages blancs semblables à de légers llocons d'écume, ou à des troupeaux errants dans une plaine azurée. Toutes les bètes de la création, les biches, les caribous, les bisons, les chevreuils, les orignaux, soitaient de leur retraite pour paître les savanes. Dans le lointain on entendait les chants extraordinaires des raines, dont les unes, imitant le mugissement du bœuf laboureur, les autres, le tintement d'une cloche champêtre, rappelaient les scènes rustiques de l'Europe civi-
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lisôe. ;iu Diilii'ii cirs tableaux ac'i'eslps de Y Vniérique saiivape.
Les zèpliyrs L'iiiliaiiiiiés |)ai- Irv inaunnlias. los oiseaux cachés sous le l'euillage, murmuraient d'harmonieuses plaintes, que Ciéluta prenait pour la voix des enfants ,'i naiire : ellecroyait voir les petits génies des ombres, cl ceux qui président au silence des bois, descendre du firmament sur les rayons de la lune; légers fantômes qui s'égaraient à travers les arbres et le long des ruisseaux. Alors elle adressait la parole à sa fille couchée sur ses genoux ; elle lui disait : « Si j'avais le malheur de te perdre à présent, que devlendrais-je ? »
L'Indienne versait, en prononçant ces mots, des larmes religieuses, semblables à un délicieux ananas qui a perdu sa couronne, et dont le cœur exposé aux pluies se fond et s'écoule en eau.
Des pélicans, qui volaii'nt au liaiU des airs, et dont le plumage couleur de rose réfléchissait les premiers feux de l'aurore, avertirent Céluta qu'il était temps de reprendre sa course. Elle dépouilla d'abord son enfant, pour le baigner dans une fontaine où se désaltéraient, en allongeant la tête, des écureuils noirs accrochés à l'extrémité d'ime liane flottante. La blanche et soufl'reteuse .Vmélie. couchée sur l'herbe, ressemblait à un narcisse abattu par l'orage, ou à un oiseau tombé de son nid avant d'avoir des ailes. Céluta enveloppa dans des mousses de cyprèsplus fines que la soie sa fille purifiée: elle n'oublia point de la parer avec des graines de différentes couleurs et des fleurs de divers parfums: enfin, elle la renferma dans les peaux d'hermine, et la suspendit de nouveau àses épaules par une tresse de chèvrefeuille : la pèlerine qui s'avance pieds nus dans les montagnes de Jérusalem porte ainsi les présents sacrés qu'elle doit offrir au saint tombeau.