LE REPOS DANS LA SAVANE
«. Souvent, dans les grandes chaleurs ilu jour, nous ilicrchions- un abri sous les mousses des cèdres. Presque tous les arbres de la Floride, en particulier le cèdre et le chêne-vert, sont couverts d'une mousse blanche qui descend de leurs rameaux jusqu'à terre. Quand la nuit, au clair de la lune, vous apercevez, sur la nudité d'une savane, une yeuse isolée revêtue de cette draperie, vous croiriez voir un fantôme traînant après lui ses longs voiles. La scène n'est pas moins pittoresque au grand jour; car une foule de papillons, de mouches brillantes, de colibris, de perruches vertes, de geais d'azur, vient
1. Ces quelques lignes sont restées célèbres, pl justement célèbres. Peu il'écrivains ont accumulé, en aussi peu de place, autant de beautés diverses.
2. C'est Chactas qui raconte lui-même s,,n lii-;ti]ire et (|ui In racunte à lîené.
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s'accrocher à ces mousses, qui produisent alors reffet (Finie tapisserie en laine blanche, où Touvriei' européen aurait brodé des insectes et des oiseaux éclatants.
a C'était dans ces riantes hôtelleries, préparées par le Grand Esprit, que nous nous reposions à l'ombre, lorsque les vents descendaient du ciel pour balancer ce g-rand cèdre ; que le château aérien bâti sur ses branches allait flottant avec les oiseaux et les voyageurs endormis sous ses abris ; que mille soupirs sortaient des corridors et des voûtes du mobile édifice : jamais les merveilles de l'ancien monde n'ont approché de ce monument du désert.
« Chaque soir nous allumions un grand feu, et nous bâtissions la hutte du voyage, avec une écorce élevée sur quatre piquets. Si j'avais tué une dinde sauvage, un ramier, un faisan des bois, nous le suspendions, devant le chêne embrasé, au bout d'une gaule plantée en terre, et nous abandonnions au vent le soin de tourner la proie du chasseur. Nous mangions des mousses appelées tripes de roches^ des écorces sucrées de bouleau, et des pommes de mai, qui ont le goût de la pêche et de la framboise. Le noyer noir, l'érable, le sumac, fournissaient le vin à notre table. Quelquefois, j'allais chercher, parmi les roseaux, une plante dont la fleur, allongée en cornet, contenait un verre de la plus pure rosée. Nous bénissions la Providence, qui, sur la faible tige d'une fleur, avait placé cette source limpide au milieu des marais corrompus, comme elle a mis l'espérance au fond des cœurs ulcérés par le chagrin, comme elle a fait jaillir la vertu du sein de> misères de la vie! )i