‹ ExtraitsChapitre 82 sur 285 · AMOUR DE LA PATRIE · texte numérisé non relu

AMOUR DE LA PATRIE

(Ihez les peuples civilisés l'amour (h;- la pairie a l'ail des prodiges. Flans les desseins de Dieu, il y a toujours une suite ; il a fondé sur la nature l'affection pour le lieu natal, et l'animal partage en quelque degré cet instinct avec rhomme. Maisl'homme le pousse plus loin et transforme en vertu ce qui n'était qu'un sentiment de convenance universelle : ainsi les lois physiques et moiales de l'univers se tiennent par une chaîne admirable. ?Sous

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(loiitoii> iju'il soit possihlecrjivoir une seule vraie vei'tu, un seul véritable talent, sans amour de la patrie. A la guerre cette passion lait des prodiges; dans les lettres, l'Ile a formé Homère et Virgile. Le poète aveugle peint de Ijrérérence les mœurs de l'Ionie, où il reçut le jour, et le ( lygne de Manloue ne s'entretient que des souvenirs de son lieu natal. Né dans une cabane, et chassé de Tliérilagc de ses aïeux, ces deux circonstances semblent avoir siugulièi'enient inllué sur son génie ; elles lui ont donné (••'(le teinte de li'islesse (jui en fait un des principaux l'Iiarines; il rappelle sans cesse ces événements, et Ton voit qu'iYsf souvient toujours de cet Argos, où il passa sa jeunesse :

Et du/ces morie)is reininiscUur Argui; '.

• Test lorsque nous sommes éloignés de noire pays que nous sentons surtout l'instinct qui nous y attache. Au défaut de réalité, on cherche à se repaître de songes; le rii'ur est expert en tromperies ; quiconque a été nourri au sein de la femme a bu à la coupe des illusions. Tantôt c'est une cabane qu'on aura disposée comme le toit paternel ; tantôt c'est un bois, un vallon, un coteau, à qui l'on fera porter quelques-unes de ces douces aiqjellations de la patrie. Andromaque donne le nom de Siinoïs à un ruisseau, et quelle touchanlc véi'ité dans ce petit ruisseau qui retrace un grand fleuve ûe, laterre natale! Loin des bords qui nous ont vus naître, la nature est comme diminuée, et ne nous paraît plus (jue l'ombre de celle que nous avons perdue.

Une autre ruse de l'instinct de la patrie, c'est de mettre un grand prix à un objet en lui-même de peu de valeur, maisqui vient denotre pays, et que nous avons eniporlé dans l'exil, l-'àmc semble se i-é|)andrc jusque sur

1. lil, riÈ iiipjiJiMiit, il .-L' ix'.s^ouviriit lie l;i douce Argos.

l<»(i ClIATLAriiHIAMi.

les clioses inaniiuùes qui oui piirtagé nos destins : mio partie de notre vie reste aLtacliéc à la couclie où repos;i notre bonheur et surtout à celle oii veillanotre infortune. Pour peindre cette langueur d'àme qu'on éprouve hors de sa jtatrie, le peuple dit: Cet homme aie mal du pays. (?/est véritablement un mal (|ul ne peut se guérir (]ue par le retour. Mais pour peu que l'absence ait été de quelques années, que retrouve-t-on aux lieux qui nous ont vus naître ? Combien existe-t-il d'honmies, de ceux (|ue nous y avons laissés pleins dévie? Là sont des tombeaux où étaient des palais ; là, des palais où étaient des tombeaux: le champ paternel est livré aux ronces ou à une charrue étrangère; et l'arbre sous lequel on l'ut nourri est abattu '.

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