VIE ET MŒURS DES CHEVALIERS
I.V'ducaliuii du ilievalier coiiiiui'niait à l'âge de sept ans. Du Gucsclin, encore (întanl, s'amusait, dans les avenues du chàleau do son jière, à représenter des sièges et des combats avec de petits paysans de son âge. On le voyait courir dans les bois, lutter contre les vents, sauter de larges fossés, escalader les ormes et les ehènes. et déjà montrer dans les landes de la Bretagne le héros qui devait sauver la France.
Bientôt on passait à l'office de i)age ou de damoiseau dans le château de (|uel({ue baron. C'était là qu'on prenait les premières leçons sur la foi gardée à Dieu et aux dames. Souvent le jeune page y commençait, pour la tille du seigneur, une de ces durables tendresses que des miracles de vaillance devaient immoi'taliser. De vastes
12X CIlATEAIinilAMt.
nrcliilcclurcs ;^ollii(iLic.s, de vieilles Ibi'èls, de uraiids étangs solitaires, nourrissaient, par leur aspect i-oiiianesque, ces passions que rien ne pouvait détruire, et qui devenaient des espèces de sort et d'enchantemenl.
Excité parTaniour au courage, le page poursuivait les nulles exercices qui lui ouvraient la route de l'honneur. Sur un coursier indompté il lançait dans l'épaisseur des iinis les bêtes sauvages, ou, rappelant le faucon du haut des cieux, il forçait le tyran des airs à venir, timide et soumis, se poser sur sa main assurée. Tantôt, connue Achille enfant, il faisait voler dos chevaux sur la plaine, s'élançant de l'un a rautr(\ d'un saut franchissant leui" cioupc, ou s'asseyani sui' Iriii'dos; tantôt il montait tout armé jusqu'au haut d\mv. tiomblanle échelle, et se croyait déjà sur la brèche, criant : Montjoie et Saint-Denys I t>ans la cour do son bai-on, il l'ecevait les instructions r| les exemples [tropres à foi'mer sa vie. Là se rendaient sans cesse des chevaliers connus ou inconnus, qui s'étaient voués à des aventures |iérilleusos, qui revenaient seuls des royaumes du ("atliay', dos confins de l'Asie, et de tous ces lieux incroyables où ils redi'ossaient les toi'ts, et combattaient les infidèles.
« Un veoit, dit Froissart jiarlant de la maison du duc de Foix, on veoit on la salle, en la chambi'e, en la roui', chevaliers et écuycrs d'honneur aller et marcher, et les oyait-on parler d'armes et d'amour : tout honneur esloit là dedans trouvé; toute nouvelle, de quelque pays, de quelque royaume que ce fust, là dedans on y apprenoit; car de tous les pays, poui' la vaillance du scigneui' elles y venoient. »
Au sortir de page on devenait écuyer, et la religion présidait toujours à ces changements. De puissants parlains ou de belles marraines promettaient à l'autel, pour