Rêveries, 10° prom
LES ANNÉES DE JEUNESSE. jx
Pour s'en procurer, elle rançonna de son mieux la famille de son mari. Le roi de Sardaigne et l'évôquc d'Annecy, M. tle iJor- ♦lei, très lier de sa brillante conciuête, lui assurèrent un revenu de deux mille francs. C'étaient de modiiiues ressources pour une femme qui tenait à faire lip^ui-e dans la petite ville où elle s'était réfugiée et qui (c'est son meilleur côté) aimait à donner largement. Cette réputation, promptement répandue dans le pays, lui valut, moins de deux ans après, de devenir la protectrice du petit Jean-Jacques, sommairement catéchisé par . le curé de Conlignon.
Elle ne pouvait pourtant le garder chez elle. Une occasion s'olfrit <le l'envoyer à San Spirito. l'hospice des Catéchumènes à Turin. L'évèquo d'Annecy paya les frais du voyage, et dans la même semaine Jean-Jacques se remit en route. Derrière lui arrivaient son père et un ami de sa famille ; ne le trouvant ]>lus. ils s'attendrirent sur ses infortunes, et le laissèrent aller. N'est-ce pas une excuse à toutes les fautes qu'il allait comnuîttre? Jus(ju'à Turin, le voyage dura huit jours: huit jours de ravissement, que cette course à pied à travers les Alpes. Après un séjour de quatre mois dans l'hospice, où son abjuration arait été préparée d une manière expéditive, il fut mis sur le pavé de Turin avec vingt francs en poche. Libre pour la première fois au milieu d'une grande ville, il commença par y promener sa curiosité. Bientôt il s'agit de trouver un gagne-pain. Il passe alors par divers métiers. Sa première idée est de reprendre l'état qu'il avait quitté; il entre comme apprenti chez un graveur : trop bien vu de la fennne, le mari le met à la porte. Il devient ensuite laquais d'une grande dame, dont la mort le laisse sans place. Il retrouve le même emploi chez le comte de Gouvon, premier écuyer de la reine : il se fait chasser comme mauvaise tète. La condition de laquais, même tempérée par de grands égards, n'était sans doute pas de nature à contenter son extrême anjbition; mais surtout sa pensée le ramenait sans cesse dans cette maison d'Annecy où son cœur s'était un moment épanoui. Dès qu'il eut trouvé un compagnon de route, il reprit en sens inverse la route des Alpes. C'était, comme à l'aller, une partie de plaisir. Mais comment allait-il être reçu par Mme de ^\arens après son équipée? 11 fut bientôt rassuré. Elle prit d'enddèc le parti de le loger chez elle : « Pauvre petit, te revoilà donc? Je savais bien que tu étais trop jeune pour ce voyage: je suis bien aise au moins qu'il n'ait pas si mal tourné que j'avais craint, d
J.-J. ROCSSKAP. — EXTKAIT». 2