‹ Extraits. Publié avec une introd. et des notesChapitre 12 sur 196 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

11 en revenait sauf, en effet, mais non pas intact. Dans les situalions subalternes dont il venait de faire l'apprentissage, il avait coniracté bien des souillures que son âge doit ignorer. Ce fut bien son opinion quand il y pensa plus tard : « A douze ans, d^ra-t-il, j'étais un Uomain; à vingt j'avais couru le monde, et n'étais plus qu'un polisson ».

Son séjour à Annecy fut d'un an et quelques mois, et presque parfaitement heureux. L'endroit d'abord l'enchantait. Le premier spectacle qu'il aperçut de sa chambre, ce fut la campagne; et quelle campagne! « C'était depuis Bossey, dit-il, la première fois que j'avais du vort devant mes fenêtres.... Mon cœur, jus(ju'alors comprimé, se trouvait plus au large dans cet espace, et mes soupirs s'exhalaient plus librement parmi ces vergers. j> Les récits qu'il nous fait de ses promenades aux environs sont d'une grâce touchante et mélancolique. « Le son des cloches, le chant des oiseaux, la douceur du paysage, les maisons éparses et champêtres » inclinent à la rêverie son âme d'adolescent déjà remuée par de vagues tendresses, qui n'ont pas encore perdu leur pureté. Mme de Warens est toujours pour lui imanan, une maman un peu jeune, un peu folâtre et imprudente, mais rietv de plus. Elle dirige ses lectures, lui donne quelque teinture de savoir-vivre, et l'initie, autant qu'elle en est capable, à la morale. 11 paraît, et nous le croyons sans peine, que cette morale était bien inconsistante. Morale du cœur, religion du cœur, c'est-à-dire religiosité, voilà de quoi Rousseau s'instruit dans ces premiers entretiens : en cette mesure, il restera toujours chrétien, d'un christianisme assez vague pour se prêter à tous les changements de culte et même pour se concilier avec un pur spiritualisme, élevé et poétique. C'était la première éducation véritable que reçût Jean-Jacques ; elle porta fruit, et Mme de Warens le lit bien à son image, — capable, avec de généreux élans vers le bien, des chutes les plus basses.

Il aurait volontiers pris son parti de vivre ainsi, en affectueux parasite. Mme de Warens comprit autrement leur intérêt à tous deux. Elle le lit recevoir au séminaire, à titre d'essai. Expérience faite, on ne lui reconnut, comme on peut le croire, aucune des qualités requises chez un prêtre. Il avait pour la musique un goût très déclaré; il entra comme élève chez le chef de la maîtrise. Il s'y plut, et son avenir semblait se dessiner dans cette direction, quand une querelle de sacristie mit Nicoloz (c'était le nom de notre musicien) dans la nécessité de

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