Voy. Introd., |». xlvi. — Pré
dicnnl tirsipiio, en inaiivaiise part, un parleur.
3. Monta^nn «lu Jura, au sud du Vai-Travi'is(l(>ll-d'allitude).
sept lacs'. Ou nous dit qu'il n'y avait qu'une seule maison sur cette montagne, et nous n'eussions sûrement pas deviné la profession de celui qui l'habitait, si l'on n'eût ajouté que c'était un libraire, et qui même faisait fort bien ses affaires dans le pays. Il me semble qu'un seul fait de cette espèce fait mieux connaître la Suisse que toutes les descriptions des voyageurs.
En voici un autre de même nature, ou à peu près, qui ne fait pas moins connaître un peuple fort différent. Durant mon séjour à Grenoble, je faisais souvent de petites herborisations hors la ville avec le sieur Bovier^, avocat de ce pays-là, non pas qu'il aimât ni sût la botanique, mais parce que, s'étant fait mon garde de la manche^, il se faisait, autant que la chose était possible, une loi de ne pas me
1. Vérification faite, on n'en découvre que trois, ceux de Neucliàtel, de Genève, et une petite portion de celui de Morat (Frilz Berllioud. J.-J. li-onsseau et le Yal-Trnvers,\). 194.)
2. Pendant l'été de 1768, et avant son installation à Bourgoin, Rousseau lit une promenade en Danphiné, et fut mis à Grenoble, par l'entremise de M°" Boy de la Tour, en relation avec une famille Bovier, à laquelle appartenait l'avocat Gaspard Bovier, dont il est ici question, et qui raconte l'incident de tout autre manière : « Je voyais mon compagnon, dit-il, détacher de temps à autre les petits fruits dont ces arbustes étaient chargés.
Je lui demandai s'il connaissait les qualités saines ou malfaisantes de ce fruit. Il me répondit affirmativement. Il m'ajouta que son goût est aigrelet, et que souvent on l'employait dans les ra-
goûts, lorsqu'on n'avait pas de citron, ou de vinaigre. Il m'invita à en tàter. Je ne voulus pas en faire l'essai , et peut-être fut-il mortifié de mon peu de confiance ?« verba magislri. Il est vrai que j'ajouîai qu'il était botaniste, que j'étais un profane, qu'il devait connaître la vertu des plantes, etc. C'est ainsi que se termina ce petit colloque. »
Voy. Ducoin, Trois mois de la vie de Rousseau., p. 01 (1832). — Cette brochure, faite d'après la relation de Gaspard Bovier, tend à démontrer que J.-J. Rousseau fut traité avec un dévouement enthousiaste chez ses hôtes grenoblois, et que son imagination a tout dénaturé. C'est en effet son habitude.
5. Les gardes ou gontilhommes de la ma«c/i<? étaient chargés d'accompagner les jeunes princes, et, ne pouvant leur tenir la main, de par l'étiquette, ils les conduisaient par la manche de leui' habit.
([iiitter d'un pas. Un jour nous nous promenions le long de l'Isère, dans un lieu tout plein de saules épineux. Je vis sur ces arbrisseaux des fruits mûrs; j'eus la curiosité d'en goûter, et, leur trouvant une petite acidité très agréable, je me mis à manger de ces grains pour me rafraîchir : le sieur Bovier se tenait à côté de moi sans m'imiter et sans rien dire. Un de ses <amis survint qui, me voyant picorer ces grains, me dit : « Eli ! monsieur, que faites-vous là ? ignorez-vous que ce fruit empoisonne? — Ce fruit empoisonne! m'écriai-je tout surpris. — Sans doute, reprit-il, et tout le monde sait si bien cela, que personne dans le pays ne s'avise d'en goûter. » Je regardais le sieur Bovier, et je lui dis : « Pourquoi donc ne m'avertissiez-vous pas? — Aliî monsieur, me répondit-il d'un ton respectueux, je n'osais pas prendre cette liberté. » Je me mis à rire de cette humilité dauphinoise, en discontinuant néanmoins ma petite collation. J'étais persuadé, comme je le suis encore, que toute production naturelle agréable au goût ne peut être nuisible au corps, ou ne l'est du moins que par son excès. Cependant j'avoue que je m'écoulai un peu tout le reste de la journée; mais j'en fus quitte pour un peu d'inquiétude; je soupai très bien, dormis mieux, et me levai le matin en parfaite santé, après avoir avalé la veille quinze ou vingt grains de ce terrible hippophœe, qui empoisonne à très petite dose, à ce que tout le monde me dit à Grenoble le lendemain. Cette aventure me parut si plaisante, que je ne me la rappelle jamais sans rire de la singulière discrétion de M. l'avocat Bovier.
Toutes mes courses de botanique, les diverses mipressions du local des objets qui m'ont frappé, les idées qu'il m'a fait naître, les incidents qui s'y sont mêlés, tout cela m'a laissé des impressions qui se renouvellent par l'aspect des plantes herborisées dans c<^s mêmes lieux. Je ne re verrai plus ces
beaux paysages, ces forêts, ces lacs, ces bosquets, ces rochers, ces montagnes, dont l'aspect a toujours touché mon cœur : mais maintenant que je ne peux phis courir ces heureuses contrées, je n'ai qu'à ouvrir mon herbier, et bientôt il m'y transporte. Les fragments des plantes que j'y ai cueilUes suffisent pour me rappeler tout ce magnifique spectacle. Cet herbier est pour moi un journal d'herborisations, qui me les fait recommencer avec un nouveau charme, et produit l'effet d'un optique * qui les peindrait derechef à mes yeux.
C'est là chaîne des idées accessoires qui m'attache à la botanique. Elle rassemble et rappelle à mon imagination toutes les idées qui la flattent davantage; les prés, les eaux, les bois, la solitude, la paix surtout, et le repos qu'on trouve au milieu de tout cela, sont retracés par elle incessamment à ma mémoire. Elle me fait oublier les persécutions des hommes, leur haine, leurs mépris, leurs outrages, et tous les maux dont ils ont payé mon tendre et sincère attachement pour eux. Elle me transporte dans des habitations {)aisibles, au milieu de gens simples et bons, tels que ceux avec qui j'ai vécu jadis. Elle me rappelle et mon jeune âge, et mes innocents i)laisirs; elle m'en lait jouir derechef, et me rend heureux bien souvent encore, au milieu du plus triste sort qu'ait jamais subi un mortel.
{Septième promenade. ^
''. D'un appareil opti(iuc, d'une chambre noire.