‹ Extraits. Publié avec une introd. et des notesChapitre 15 sur 196 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

Voici venir les vastes entreprises agricoles et industrielles, les trafics désespérés, les dettes toujours croissantes, et tous les signes avant-coureurs de la détresse finale. Jean-Jacques essaie, bien en pure perte, de lui conseiller la prudence. Il commence à se rendre compte qu'il augmente lui-même les charges sous lesquelles elle finira par succomber; il lui fait avec joie l'abandon du petit héritage maternel qu'il a recueilli en devenant majeur; bientôt même il refoulera, pour lui complaire, ses répugnances les plus vives et les plus légitimes, en sollicitant pour lui-même, en qualité de converti et sous le prétexte de son état de santé, une pension du gouvernement de Savoie. Le mémoire qu'il rédige à l'appui de sa demande porte l'empreinte d'un profond découragement : « Ma douleur, dit-il, est de voir que Mme de Warens a déjà trop fait pour moi ; je la trouve, pour le reste de mes jours, accablée du fardeau de mes infirmités, dont son extrême bonté ne lui laisse pas sentir le poids, mais qui n'incommode pas moins ses affaires. » Comme nous voilà loin de l'idylle des Cliarmettes! Et pourtant l'idylle, la maladie, la tristesse et la mendicité se succèdent et s'entremêlent. En 1757, à la fm de l'été, Mme de Warcns l'envoie à Montpellier, pour y consulter. Il se met en route avec une joie qui lui rend des forces, fait un voyage fort divertissant, et regagne Chambéry au mois de décembre. La maison lui restait ouverte, mais dans des conditions nouvelles. Pendant son voyage, si ce n'est avant, un certain Yintzinried, njoitié laquais, moitié homme de confiance, s'était implanté chez Mme de Warens, en qualité de converti, lui aussi, et avec tous les privilèges que Rousseau pouvait à bon droit se croire réservés. Quoi qu'il en dise dans les Confessions, il ne se faisait aucune illusion sur le sort qui l'attendait à son retour. On voit bien, dans sa correspondance, qu'il en souffrit; mais il ne se révolta pas. Il mit son honneur à se résigner, traita de « frère » le malotru qui l'avait supplanté, et pour peu de discrétion qu'eût mis Yintzinried à jouir de son triomphe, Jean-Jacques serait, sa vie durant, resté sous le toit de « maman ». Mais sa disgrâce était complète, manifeste. Après deux ans de palience aux Cliarmettes, en avril 1740, il accepta l'otfre de se rendre à Lyon, connue précepteur, chez M. de Mably*, grand-prévôt de cette ville, a Je partis, nous dit-il, sans laisser ni presque sentir

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