Date tie son installation à l'Ermitage
CORHESPONDANCE. 373
tiors avec moi seul, avec ma bonne et simple gouvernante, avec mon chien bien-aimé, ma vieille chatte, avec les !>♦*. oiseanx de la campai^ne et les hiches rip Va forêt, avec la JK^ naturi' entière et son inconcevable antegr. En me levant
avant le soleil pour aller voir, contempler son lever dans >^i' mon jardin ; quand je voyais commencer une belle journée, mon premier souhait était que ni lettres, ni visites, n'en vinssent troubler le charme. Après avoir donné la matinée ;i divers soins que je remplissais tous avec plaisir, parce que je pouvais les remettre à un autre temps, je me hâtais de diner pour échapper aux importuns, et me ménager un plus long après-midi. Avant une heure, même les jours les plus ardents, je partais par le grand soleil avec le lidèle Achate, pressant le pas dans la crainte que quelqu'un ne vint s'emparer de moi avant que j'eusse pu m'esqiiiver; mais <piand une lois j'avais pu doubler un certain coin, avec (juel battement de cqmu-, avec quel pélillcnienl de joie je commençais à respirer en me sentant sauvé, en me disant: « Me voilà maître de moi pour le reste de ce jour! » J'allais alors d'un pas plus tranquille chercher nnelqne lien ■ sauvage <l;uis la l'orèl. (|ii<'l«|U)' lii'ii (lès«Mt où rirn en mon- 1 trant la main des honnni's n'annonçât la servitude et la 1 domination. <|n<'l((n(' asile on jr pusse croire avoir penét vv i ' --> le premier, «'I où nid tiers iin|)ortnn ne vint s'interposer 'V*!^
a natine et moi, (l'i'tait là (pTelie sendtlail (h'pKtyt
/àjnes yenx une in.i'^niticence tonjonrs nonvelle. l/oi d<
I, genêts et la noinpredes brnyèm's l'raj>paient mes yenx (fuji luxe (|Mi tonchait mon cu'ur: la majesté (b-s arbres <ini n
convraient de lenr ombre, la di-licatesse des arbnstes (iiii
QjL'envnonnaienj., l'élonnanle variété des herbi's et des fleurs (jue je tonlais sous mes pieds, tenaient mon esmit
dans une alternative rontimielle d'observation et d'admiration : le concours de tant d'objets intéressants qni se
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disputaient mon attention, m'attirant sans cesse de l'un à l'autre, favorisait mon humeur rêveuse et pnrp.sspimfi. pt me faisait souvent redire en moi-même : « Non, Salomon dans toute sa gloire ne fut jamais vêtu comme l'un d'eux. » Mon imagination ne laissait pas longtemps déserte la 'terre ainsi parée. Je la peuplais bientôt d'êtres selon mon cœur, et, chassant bien loin l'opinion, les préjugés, toutes les passions factices, je transportais dans les asiles de la nature des hommes dignes de les habiter. Je m'en formais une société charmante dont je ne me sentais pas indigne, je me faisais un siècle d'or à ma fantaisie, et rempHssant ces beaux jours de toutes les scènes de ma vie qui m'avaient laissé de doux souvenirs, et de toutes celles que mon cœur pouvait désirer encore, jf iTt'^^HpnHriggaig jusqu'aux lanups sur les vrais plaisirs de l'humanité. |ilaisirs si délicieux, si purs, et (jui sont désormais si loin des honmies. Oh! si dans ces moments, quelque idée dePariSj^de ^T]Op '•^ièflp et de ma petite gloriole d'auteur, venait troubler mes rêveries, avec (Miel dédain je In chassais i^ l'instant pour me livrer, sans distraction, aux sentiments exquis dont mon ànie était pleine !^ Cependant, au milieu de tout cela, je ^j l'amie, le néant de mes chimères venait quelquefois la conjrister tout à coup, (ji^iand tous mes rêves se seraient tournés en réalités, ils ne m'auraient pas sulli; j'aurais infa- ^ giné, rêvé, désiré encore. Je trouvais en moi un vide inexplicable que rien n'aurait pu remplir, un certain éhumemeht de cœur vers une autre sorte de jouissance dont j e n'avais pas d'idée, et dont pourtant je sentais le besoin. 1^ bien, monsieur, cela même étnif jniiis<;:iiu,-p puisque j'en étais pénétré d'un sentiment très vif, et d'une tristesse attirante, que je n'aurais pas voulu ne pas avoir*.
''i.- Voilà la mélancolie sous sa l'orme la plus voluptueuse.
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Jientôt de la surface de la terre j'élevais mes idées à tous les êtres de la nature, au système universel des choses, à l'être incompréhensible qui embrasse tout. Alors, l'esprit perdu dcms cette inmiensité. ie ne pensais pas, ie ne rai-
nnais pas, je ne philosophais pas, je me sentais, avec ujie sorte fle volupté, accablé du poids de cet univers, je *^ me livrais avec nivissenient à la confusion de ces grandes idées, \ annais h me perdre en imagination dans l'espace. mon cG'ur resserré dans les bornes des êtres s'y trouvait tiop à l'étroit; j'étonflais dans l'univers; j'aurais voulu
'^ ' m'élancer dans l'infini. Je crois que, si j'eusse dévoilé tous les mystères de la nature, je me serais senti dans une situation moins délicieuse que cette étourdissante extase l\ U-î hujuelle mon esprit se livrait sans retfiJilie^et qui, dans! ^^ l'agitation de mes transports, me faisait écrier quelquefois! ^
0 grand Êtrel ô grand Être! » sans pouvoir dire ni pen-l ser rien de plus. '
Ainsi s'écoulaient dans un délire continuel les journées Ips plus charmantes que jamais créature humaine ait pas- >('*es : et quand le couchor du soleil me faisait songer à la retraite, étonné de la rapidité du temps, je croyais n'avoir pas assez mis à profit ma journées je pensais en pouvoir jouir davantage encore; et, pour réj)arer le temps perdu, i-t* je me disais : « Je reviendrai demain. «
Je revenais à petits pas, la tète un peu fatiguée, mais le ( œur conl»"nt; je me reposais agréablement au retour, en Mie hvrant à l'impression des objets, mais sans penser, ^ans imaginer, sans rien faire autre chose que sentir le \\iue ol 1«* bonheur de ma situation. Je trouvais mon cou- • rt mis sur ma terrasse. Je soupais de grand apjjétit dans mon petit domestique ' ; nulle image de servitude et de dé-