‹ Extraits. Publié avec une introd. et des notesChapitre 187 sur 196 · Malveillantes · texte numérisé non relu

Malveillantes

dies mais générales, dont jamais ni satire ni nulle application personnelle et inaligne n'a souillé les écrits, qui jamais ne repoussa qu'avec décence et dignité les traits envenimés de ses adversaires, et qui fonda toujours sa fière sécurité sur des principes et des maximes irréprochables : concevra-t-on jamais qu'un tel homme, animé jusqu'alors de sentiments grands et nobles, passe tout à coup, sans sujet, sans motif, aux derniers termes de la plus brutale, de la plus extravagante férocité ; aille provoquer à plaisir l'indignation d'un ministre, l'espoir de la nation, qui vient de marquer pour lui de la bienveillance, et cherche si tard à s'ôter dans ses malheurs l'estime et la commisération du public, qui, tout en aimant la satire, dit avec raison des satiriques punis : // n'a que ce qu'il mérite? Je connais les hommes et leurs inconséquences ; je sais trop que je n'en suis pas exempt ; mais je prononce hautement que celle-là n'est pas dans la nature. D'ailleurs, si j'eusse été capable de penser et d'écrire de telles folies, me serais-je abstenu de les dire, moi si confiant, si ouvert, si facile à montrer ma pensée en toute chose ? La terre est couverte de mes implacables ennemis, qui tous ont été mes amis ou feint de l'être, et cette remarque ajoute au poids de ce que je vais affirmer. Monseigneur, je défie toute âme vivante de m'avoir jamais ouï parler de vous et de votre administration qu'avec le plus grand honneur. Enfin daignez voir comment je suis revenu dans ce pays. Pour aller à Londres, je traversai la France avec un passeport qu'on disait m'étre nécessaire. Sous ma propre direction, j'y suis revenu seul, me Hvrer pleinement à vous, me jeter dans vos bras, si j'ose ainsi parler, avec empressement, sans précaution, sans crainte, sans autre sûreté que votre humanité et mon innocence ' .

1. Cela est vrai. Le prince de 1 Choiseui pour assurer à Rousseau Conti s'entremit auprès du duc de | la liberté de séjourner provisoire-

et sachant très bien que les prétextes ne vous auraient pas manqué pour ni'opprimer, si vous l'aviez voulu. Quoique je nie sentisse dans votre disgrâce, j'ai compté sur votre générosité, et j'ai bien fait. Mais cette conduite prouve la vérité de mon estime, et ce que j'ai pensé de vous dans tous les temps. Un homme qui, dans le secret de son cœur, se serait senti coupable eût pu trouver la même sûreté dans le même asile, mais jamais il n'eût osé l'y chercher.

Voilà, monsieur le duc, ce que j'avais à vous drre, et que j'aurais ardemment désiré de vous dire de bouche, quoique je ne sache point du tout parler : mais mon cœur eût parlé pour moi, et vous auriez entendu son langage. Sans être exempt d'inquiétude sur la route de ma lettre, je ne crains assurément pas qu'une fois parvenue entre vos mains elle puisse jamais me nuire; mais un penchant naturel me faisait espérer, je l'avoue, qu'en me présentant à vous, ce penchant n'agirait pas sur moi seul. Sûr que je n'étais dans votre disgrâce que par l'effet d'une erreur, j'ai toujours espéré que cette erreur serait détruite, et que j'aurais enfin quelque part à vos bontés. J'y compte maintenant, j'y ai des droits, j'ose le dire, et je les réclamerai sans rougir, puisque, de toutes les grâces que vous pouvez répandre, je n'aspire qu'à celle de jouir sous votre protection du repos et de la liberté (jue je n'ai point mérité de perdre, et dont je n'abuserai jamais.

Agréez, monseigneur, je vous suppUe, mon sincère et profond respect.

Si vous m'honorez d'une réponse sous le nom de Henou '. trois mots suffisent : Je votiscrois; et je suis content».

ment à Paris, avant son départ pour l'Angleterre; mais Rousseau ;ivail pris seul lu résolution de rentrer en France à l'insii et contre le gré du prince.

1. C'est le nom dont Rousseau se Taisait appeler, pour garder une sorte d'incognito, depuis son retour d'Angleterre.

%. Nous n'avons pus la réponse

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