‹ Extraits. Publié avec une introd. et des notesChapitre 30 sur 196 · PEP · texte numérisé non relu

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Maison de la rue Flatrière.

Habitée par Rousseau, de 1770 à 1778.

(Lithographie de Champin, d'après un dessin d(> Hegnicr.)

.I.-.I. Rousseau. — Extu.mtj.

1*. XII, page u^

LES DERNIÈRES ANNÉES. lv

une commode, une table et quelques chaises faisaient tout son mobilier.... Un serin chantait dans sa cage suspendue au plafond; des moineaux venaient manger du pain sous ses fenêtres ouvertes du côté de la rue, et sm^ celles de l'antichambre on voyait des caisses et des pots remplis de plantes telles qu'il plaît à la nature de les semer. Il y avait dans l'ensemble de son petit ménage un air de propreté, de paix et de simplicité qui faisait plaisir. » Il nous le montre aussi, toujours bon marcJieur malgré ses soixante ans passés, courant avec l'attrait du botaniste les environs de Paris : c'étaient ses grandes joies quand le temps était beau, a Sur son front un nuage s'éclaircissait à mesure que nous nous en rapprochions. Quand il était une fois dans la campagne, son visage devenait gai et serein. « Enlln nous voilà, (lisait-il, hors des carrosses, du pavé et des honnnes. » — Soulagé du poids (pii l'oppressait, il devenait confiant, causeur: il disait librement ses goûts, ses sensations, ses idées; il s'arrêtait pour écouter le chant des oiseaux, célébrait les merveilles de la création. C'est chez lui, dans son intérieur, (pi'il retombait brusquement dans sa quinteuse mélancolie. Ainsi allernaient en lui ce que Bernardin appelle son caractère « naturel » et son caracl<'i'e « s(»cial ».

Il était revenu à Paris pour y défendre son honneur. Non seul'inent il y avait échoué, mais par une sorte d'hallucination il voyait dans le regard, dans l'attitude du premier venu, des marchands, des passants, des signes de mépris et d'hostilité. « J'aimerais mieux, disait-il, être au milieu des llèches ties Parthes. «jii'exposé aux regards des hommes. » C'est le besoin (pii le re- Itnait dans cet enfer, le bon marché relatif de la vie, et son métier de copiste. Pendant l'été de 1777, il avait éprouvé de giaves malaises, des vomissements de bile, des crises de nerfs. 1 11 médecin, M. Lebégue de Presles, le recommanda très vivement à l'un de ses admirateurs les plus déclarés, le marquis de (iirardin. seigneur d'Ermenonville. Le 20 mai I77X, ils l'emmeiit'icnt tous deux dans ce prlil village coiiiiiic pour une courte inoiiion.ide, La beauté de la vallée, des eaux cpii l'arrosent, des liois (|ui la (loiiiiiient, l'impression d'isolement «pi'on y éprouve, rcvoillrrciit on lui l'amour passionné du seul genre d'existence qui lui eùf procuré des jouissances sans mélange. M. de (îirardin lui offrait rhosjiitalilé dans les dépendances de son cliAteau; il H <»q>ta, fit vendre ses meubles, et passa quarante jours comme li avait fait jadis à Montmorency, dans la même saison, en prc-

Lvi INTRODUCTION.

liant possession de l'Ermitage. Le 2 juillet, subitement, il mourait, deux mois après Voltaire.

Il courut, dans le pays des bruits de suicide, que son état mental autorisait, que certains de ses ennemis accueillirent, et qui depuis ont trouvé grand crédit. Pourtant tous les actes publics qui suivirent sa mort, et notamment l'autopsie, attestent le contraire. Peu importe ^ue la véritable cause en demeure douteuse et que la nature précise de l'attaque qui le terrassa n'ait pas été déterminée avec la rigueur scientifique qu'y apporterait la médecine d'aujourd'bui. Ce qui n'aurait pu échapper aux investigations combinées de la médecine et de la police, c'est la trace matérielle d'un coup de pistolet. Entre des preuves historiques et des présomptions morales, l'hésitation n'est guère possible, et je ne vois pas moyen de résister sur ce point à l'argumentation de M. Chereau^

Tout le monde sait que Rousseau fut d'abord enterré à Ermenonville, dans la petite île des Peupliers, qui devint pour ses admirateurs un lieu de pèlerinage. En 1704, il eut les honneurs du Panthéon, où Voltaire reposait depuis 1791. Une rumeur s'accrédita, qu'en 1814 des haines rétrospectives avaient fait violer la sépulture de ces deux hommes, en qui la Révolution avait reconnu, à tort ou à raison, ses promoteurs. Le 16 décembre 1897, une commission officielle ouvrit les deux tombeaux, s'assura qu'ils étaient demeurés intacts, et mit ainsi fin à cette sinistre légende.

1. Dans l'Union médicale de 18G6 et dans le Bulletin de le Société de '^aris et de l'Ile de Frayice de 1876.

Tombeau de Jean-Jacques, dans l'ile des Peupliers.

(Dessin <lc Mariliier).

IM. XIII, p.ipp LVi.

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