II PREFACE
pages exquises. Pourtant ce qu'il y a de plus remarquable en lui, c'est l'abondance, le souffle, la belle allure oratoire d'un développement au tea^me duquel se trouve toujours une conclusion morale; et c'est ce que de menus fragments ne font pas assez paraître. Puisqu'il fallait nous borner, nous avons sacrillé certains passages justement célèbres, mais surtout par l'agrément du style et la finesse du détail.
Ce puissant esprit est aussi l'un des plus téméraires et même, tranchons le mot, l'un des plus faux et des plus dangereux. Son éloquence lui vient du cœur, qu'il avait fort déréglé, et souvent, si l'on n'y prenait garde, elle répandrait dans de jeunes esprits beaucoup plus de trouble que d'instruction. Sans doute, nous n'avons pas tenté, dans un dessein d'édification, de le présenter autre qu'il n'était, de le mutiler pour le faire paraître plus sage et plus raisonnable que nature. Nous avions, il est vrai, la ressource des notes pour mettre, le cas échéant, nos lecteurs en garde, et nous en avons usé discrètement, mais franchement. Cependant nous ne pouvions transformer un livre classique en un ouvrage de controverse, et nous avons éliminé, quel que fût le mérite de la forme, ce qui, chez notre auteur, nous semblait toucher à des matières dont la discussion ne saurait convenir à l'enseignement élémentaire. Avec ces grands disputeurs du xvni" siècle, il faut, quoi qu'il en coûte, user de scrupuleuses précautions, et ne pas oubUer que dans l'éducation le beau doit toujours être a camarade » du bien et du vrai.
L'œuvre de Rousseau est si personnelle, que nous avons jugé nécessaire d'exposer en tête de ce volume, avec ime certaine étendue, la vie de l'écrivain. La longueur de cette Introduction nous dispensera, chemin faisant, de bien des notes. J'ajouterai que la biographie de Rousseau a donné lieu, depuis une trentaine d'années, à de nombreuses études ; qu'il n'y a pas de livre en France où elle soit mise au courant des découvertes les plus récentes*, et que j'ai tenu, sans tomber dans l'érudition pure, qui serait ici parfaitement déplacée, à condenser les résultats acquis fle l'enquôte qui se poursuit. Ce ne sera pas, je l'espère, le. moindre intérêt de ce modeste travail.
1. II n'en est plus ainsi. Depuis la première édition de ce recueil a paru le travail de M. Beaudoin, puis, dans la collection des Grands Écrivains français, celui de M. A. Chuquet. — Et l'année du Second Centenaire (1912) a vu éclore toute une littérature.
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