‹ Extraits. Publié avec une introd. et des notesChapitre 8 sur 196 · IV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

IV INTRODUCTION

Son père, îsaac Rousseau, était horloger. Malgré la modestie do sa condition, il appartenait dans la hiérarchie politique de sa patrie à la première classe, celle des citoyens^. Sa mère élait aussi eiloycnne. Avec plus d'orgueil, semhle-t-il, que de véritable piété, Jean-Jacques a parlé fort avantageusement de sa famille. Et pourtant ce qu'il en dit suffit pour donner à réflécliir. Certaines découvertes récentes permettent même d'aller plus loin et de rejeter absolument cette affirmation : « Si jamais enfant reçut une éducation raisonnable et saine, c'a été moi. » Le contraire est le vrai.

Mettons à part sa mère, dont il vante la beauté, l'esprit et la vertu, mais qu'il ne connut pa;^, puisqu'elle mourut en lui donnant le jour. Le moins qu'on puisse dire d'elle, c'est que sa dissii)ation et sa coquetterie tirent scandale dans l'austère Genève, et qu'à plusieurs reprises le Consistoire eut à s'en occuper. II faut encore écarter l'aimable récit que nous fait Jean-Jac(iues (les circonstances qui auraient déterminé le mariage du frère de sa mère, M. Rernard, avec la sœur de son père : ce mariage, en réalité, mit simplement terme à une situation irrégulière, et cette fois encore le Consistoire intervint pour venger les bonnes iTiœurs. Quant à son père, peut-être avait-il « une probité sûre et beaucoup de religion », mais c'était « un homme de plaisir » ; ajoutons : un homme sans choix et sans ternie dans ses plaisirs, d'une vie incohérente et d'un sens moral peu robuste. Ce sont là pour Rousseau, suivant l'expression du savant critique*, qui a mis en pleine lumière la vraie physionomie de cette famille, des origines bien « limoneuses ».

Jean-Jacques avait un frère, son aîné de sept ans, qui tourna mal, faute de surveillance, et dont les écarts ne furent réprimés (jue par des corrections manuelles. Un beau jour, ce frère disparut. « Il n'écrivit pas une seule fois. On n'a plus eu de ses nouvelles depuis ce temps-là. » Il fallut, trente ans après, pour liquider la succession paternelle, présumer son décès à défaut de preuves. Ainsi devait disparaître, ou à peu près, le jeune Rernard, cousin chéri de Jean-Jacques; et nous allons le voir s'engager, comme les deux autres, dans une carrière d'aventures et de vagabondage. C'était comme une tradition de famille

1. Étaient citoyens les fils de citoyen ou de bourgeois, nés sur le territoire de la république.

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