‹ Extraits. Publié avec une introd. et des notesChapitre 9 sur 196 · M. Eug. Ritter · texte numérisé non relu

M. Eug. Ritter

LES ANNÉES D'ENFANCE. v

« Né presque inourant », orphelin de mère, il reçut de sa bonne tante, Mme (îonceru, les soins attentifs si nécessaires à l'enfance cliétive, et lui en conserva toujours une reconnaissance émue. Son père s'acquitta moins bien de la tâche qu'il s'était réservée : c'était un éducateur absm-de. Ce veuf désolé ((jui néanmoins reprit bientôt jîoùf aux distractions grossières, puis se remaria) fut pris pour son dernier-né d'une prédilection maladive. Il l'associait à ses ci-ises de tristesse et de larmes. Dès que l'enfant connut ses lettres, il lui fit partager ses propivs lectures : des romans en abondance (des romans à un enfant de M pt ans!), ensuite des ouvrages plus sérieux, mais encore bien trop avancés, entre autres Plutarque, qui produisit sur Jean- Jaccpies une impression ineffaçable, mais qui aclieva de développer chez lui le goût de l'extraordinaire el une ardeur précoce d'imagination : a Je me croyais Grec ou Romain, dit-il; je devenais le personnage dont je lisais la vie. » L'éveil certes fut vif; mais combien pernicieux! En voici le résultat: « Je n'avais aucune idée dos choses, que tous les sentiments m'étaient déjà connus. Je n'avilis rien conçu, j'avais tout senti ». Si l'éducation consiste essentiellement à former un être équilibré, que penser de celle-là?

Jean-Jacques avait dix ans, quand son père, poursuivi pour menaces et voies de fait, (piitta Genève afin d'éviter les consé- (piences pénales de ce délit, et s'établit à Nyon, dans le pays de Vaud. L'enfant, confié à la tutelle de M. et Mme Bernard, ses oncle et tante, fut par eux mis en pension, avec son cousin, chez le pasteur de Bossey, M. Lambercier. Il y demeura deux .ins, au grand air, mêlant un peu d'étude à beaucoup de jeu, -^itus une direction ferme et judicieuse, qui cependant rebuta ce naturel déjà surexcité, prompt à la révolte, et tourmenté par la fermentation sourde d'instincts vicieux. Les années de IJossey revinrent à sa mémoire de vieillard sous des couleurs toutes riantes; mais, d'après son propre aveu, l'enfant se sépara lie la famille Lambercier sans regret, et même avec une impression de délivrance.

Ilentré chez son oncle à Genève, il y passa huit mois (1724-25) fu quête d'un état. Un premier essai, comme employé du greffe, tourna mal. Il fut mis alors en apprentissage chez le graveur hucouunun. honunc rude et brutal; fier et sensible jusqu'à l'exfés, il ne put se faire à un pareil régime. En outre, il se sentait déclassé, dans un métier qui ne convenait ni à ses premières études, tout iutcllecluelles; ni à ses délicatesses de petit buur-

Page 1