DE PARIS, ETC., ETC
NOTICE
M. de Bcaumont, archevêque de Paris, avait publié, le 20 août 1762, un mandement contre V Emile. Dés son installation à Motier?, Jean-Jacques s'occupa de réfuter cet écrit épiscopai. Voici les motifs qu'il en donne* : c ... Un autre écrit m'affecta davantage*, parce qu'il venait d'un homme pour qui j'eus toujours de l'estime, et dont j'admirais la constance en plaignant son aveuglement'.... Je crus que je me devais d'y répondre. Je le pouvais sans m'avilir.... Je n'ai jamais aimé les diâ^iutes brutales, à la Voltaire. Je ne sais me battre qu'avec dignité, et je veux que celui qui m'attaque ne déshonore pas mes coups, pour que je daigne me défendre. Je ne doutais pas que ce mandement ne fût de la façon des jésuites; et, quoiqu'ils fussent alors malheureux eux-mêmes*, j'y reconnaissais toujours leur ancienne maxime d'écraser les malheureux. Je pouvais donc aussi suivre mon ancienne maxime d'honorer l'auteur titulaire, et de foudroyer l'ouvrage : et c'est ce que je crois avoir fait avec assez de succès. »
t. Confession!,, livre XII.
-1. Il vicnl {hr |»arl»T de la censure de la Sorhonnc.
3. M. do Beauiiiont éUiil en effet un prélat plein de vertuii et de
bonne foi, mais d'une ardeur obstinée contre le jansénisme.
i. Leur ordre venait d'être supprimé cl leurs collèges fermés par arièl du l'arlemeol.
Le mandement, quel qu'en fut l'auteur', ne manquait ni d'à propos, étant donnée la vogue d'Emile, ni de force dans la plus grande partie de l'argumentation. L'erreur capitale d'Emile, l'exaltation de la bonté native de l'homme, et l'opposition radicale entre la religion toute de sentiment prèchée par le vicaire savoyard et la véritable orthodoxie chrétienne, y étaient dénoncées avec une grande vigueur. Il s'y rencontrait cependant quelques inexactitudes matérielles, et surtout le prélat n'avait pas su combattre la doctrine en laissant de côté la personne même de l'auteur. Sur ces deux points, Rousseau trouvait la matière d'une réplique facile et triomphante : on a toujours beau jeu à prouver qu'un contradicteur de ce caractère, et dans l'exercice de son autorité pastorale, a mis en usage les procédés frivoles et agressifs du pamphlet. Il était d'ailleurs fort à l'aise, lui protestant, pour tancer un archevêque catholique ; la différence de communion rendait entre eux la partie égale. En outre, sa qualité de banni, de persécuté, l'autorisait à parler sur le ton de l'indignation, si favorable à l'éloquence. Qu'il ait ou non raison pour le fond des choses, c'est lui dans ce débat qui a le beau rôle. Il usa de ses avantages avec une brillante impétuosité, et quand il dit qu'il « foudroya » le mandement, il n'exagère pas. Avant l'apparition de sa lettre, il exprimait le regret de l'avoir laissé imprimer, la trouvant, disait-il « froide et plate » : que cette modeste appréciation fût ou non sincère, l'événement la démentit avec éclat, et l'on voit qu'il goûta pleinement la joie du succès.
Son but principal n'était pas cependant de confondre un prélat catholique et français. Banni de France, il en avait pris son parti. Banni de Genève et, si je puis dire, excommunié de son Église nationale, c'est là ce qui lui tenait au cœur. Les plus dévoués de ses amis genevois le pressaient de s'expliquer devant ses coreligionnaires, et d'établir que la Profession de foi du vicaire savoyard était l'œuvre d'un véritable chrétien selon l'esprit de la réforme. Par fierté, il se refusait à toute démarche qui pût être interprétée comme une avance à son ingrate patrie. Sa Lettre à M. de Beaumont lui fut un moyen détourné de fournir à ses concitoyens, sans en avoir l'air, les éclaircissements devenus indispensables après la condamnation de V Emile par le Petit Conseil de Genève. Il répond point par point à la censure de M. de Beaumont; mais il revendique la qualité de chrétien « selon la doc-