‹ ExtraitsChapitre 15 sur 95 · TRISTESSE D'OLYMPIO · texte numérisé non relu

TRISTESSE D'OLYMPIO

Les champs n'étaient point noirs, les cieux n'étaient pas mornes; Non, le jour rayonnait dans un azur sans bornes

Sur la terre étendu, L'air était plein d'encens et les prés de verdures Quand il revit ces lieux où par tant de blessures

Son cœur s'est répandu.

L'automne souriait; les coteaux vers la plaine Penchaient leurs bois charmants qui jaunissaient à peine ;

Le ciel était doré; Et les oiseaux, tournés vers celui que tout nomme, Disant peut-être à Dieu quelque chose de l'homme.

Chantaient leur chant sacré.

Il voulut tout revoir, l'étang près de la source, La masure où l'aumône avait vidé leur bourse,

Le vieux frêne plié, Les retraites d'amour au fond des bois perdues, L'arbre où dans les baisers leurs âmes confondues

Avaient tout oublié.

Il chercha le jardin, la maison isolée,

La grille d'où l'œil plonge en une oblique allée,

Les vergers en talus.

Pâle, il marchait. — Au bruit de son pas grave et sombre Il voyait à chaque arbre, hélas! se dresser l'ombre

Des jours qui ne sont plus.

Il entendait frémir dans la forêt qu'il aime

Ce doux vent qui, faisant tout vibrer en nous-mème,

Y réveille l'amour, Et, remuant le chêne ou balançant la rose, Semble l'àme de tout qui va sur chaque chose

Se poser tour à tour.

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