L'APOSTROPHE DE SAINT-VALLIER
Qu'un matin le bourreau vint en Grève dresser,
Avant la fin du jour devait être, ô misère !
Ou le lit de la fille, ou l'échafaud du père!
O Dieu, qui nous jugez! qu'avez-vous dit là-haut,
Quand vos regards ont vu, sur ce même échafaud,
Se vautrer, triste et louche, et sanglante, et souillée,
La luxure royale en clémence habillée?
Sire, en faisant cela, vous avez mal agi.
Que du sang d'un vieillard le pavé fût rougi,
Celait bien. Ce vieillard, peut-être respectable,
Le méritait, étant de ceux du connétable.
Mais que pour le vieillard vous ayez pris l'enfant,
Que vous ayez broyé sous un pied triomphant
La pauvre femme en pleurs, à s'effrayer trop prompte,
C'est une chose impie, et dont vous rendrez compte!
Vous avez dépassé votre droit d'un grand pas.
Le père était à vous, mais la fille non pas.
Ah ! vous m'avez fait grâce ! — Ah ! vous nommez la chose
Une grâce! et je suis un ingrat, je suppose!
— Sire, au lieu d'abuser ma fille, bien plutôt Que n'êtes-vous venu vous-même en mon cachot, Je vous aurais crié : — Faites-moi mourir, grâce! Oh! grâce pour ma fille, et grâce pour ma race! Oh! faites-moi mourir! la tombe et non l'affront! Pas de tête plutôt qu'une souillure au front!
Oh! monseigneur le roi, puisqu'ainsi l'on vous nomme, Croyez-vous qu'un chrétien, un comte, un gentilhomme, Soit moins dé apité, répondez, monseigneur, Quand au lieu de la tête il lui manque l'honneur?
— J'aurais dit cela, sire, et le soir, dans l'église, Dans mon cercueil sanglant baisant ma barbe grise, Ma Diane au cœur pur, ma fille au front sacré, Honorée, eût prié pour son père honoré !
— Sire, je ne viens pas redemander ma fille. Quand on n'a plus d'honneur, on n'a plus de famille. Qu'elle vous aime ou non d'un amour insensé,
Je n'ai rien à reprendre où la honte a passé.
Gardez-la. — Seulement je me suis mis en tête
De venir vous troubler ainsi dans chaque fête,
Et jusqu'à ce qu'un père, un frère, ou quelque époux,