TORQUEMADA
Israël fuie et coure é pars dans tous les sens!
Qu'on ne soit plus un peuple et qu'on soit des passants1.
Rois, ne nous faites pas chasser à coups de piques.
Et Dieu vous ouvrira des portes magnifiques.
Ayez pitié de nous. Nous sommes accablés.
Nous ne verrons donc plus nos arbres et nos blés!
Les mères n'auront plus de lait dans leurs mamelles!
Les bêtes dans les bois sont avec leurs femelles,
Les nids dorment heureux sous les branches blottis.
On laisse en paix la biche allaiter ses petits,
Permettez-nous de vivre aussi, nous, dans nos caves,
Sous nos pauvres toits, presque au bagne et presque esclaves,
Mais auprès des cercueils de nos pères! daignez
Nous souffrir sous vos pieds de nos larmes baignés!
Oh! la dispersion sur les routes lointaines,
Quel deuil! Permettez-nous de boire à nos fontaines
Et de vivre en nos champs, et vous prospérerez.
Hélas! nous nous tordons les bras, désespérés!
Épargnez-nous l'exil, ô rois, et l'agonie
De la solitude âpre, éternelle, infinie!
Laissez-nous la patrie et laissez-nous le ciel!
Le pain sur qui l'on pleure en mangeant est du fiel.
Ne soyez pas le vent si nous sommes la cendre.
Montrant Tor sur la table.
Voici notre rançon, hélas! daignez la prendre-
O rois, protégez-nous. Voyez nos désespoirs.
Soyez sur nous, mais non comme des anges noirs;
Soyez des anges bons et doux, car l'aile sombre
Et l'aile blanche, ô rois, ne font pas la même ombre.
Révoquez votre arrêt. Rois, nous vous supplions
Par vos aïeux sacrés, grands comme les lions,
Par les tombeaux des rois, par les tombeaux des reines,
Profonds et pénétrés de lumières sereines,
Et nous mettons nos cœurs, ô maîtres des humains,
Nos prières, nos deuils dans les petites mains
De votre infante Jeanne, innocente et pareille
A la fraise des bois où se pose l'abeille.
ROMAN
1823. — Han d'Islande.
1826. — Bcg-Jargal.
1829. — Le dernier jour d'un condamné.
1831. — Notre-Dame de Paris.
1834. — Claude Gueux.
1862. — Les Misérables.
1866. — Les Travailleurs de la mer.
18C9. — L'Homme qui rit.