TRIOMPHE D’ARIANE ET DE BACCHUS
Tapisserie de Beauvais, d’après le carton de F. Boucher. — (Palais royal de Turin.)
LES ARTISTES CELEBRES
chantournés, représentant divers sujets champêtres, « et deux ovales: les Quatre Saisons, pour le Roy. »
Ce Salon de 1737, qui était un événement et une nouveauté pour les contemporains de Boucher, permettait aux anciens de mesurer le chemin parcouru depuis le commencement du siècle. Rigaud, par exemple, pouvait parler encore aux jeunes académiciens, de ce dernier Salon de 1704 où paraissaient « au fond de la salle, sous un riche dais de velours vert au-dessus d’une estrade couverte d’un tapis, le portrait du roi, en pied, ayant à sa droite le portrait de Mgr le Dauphin; à sa gauche, celui de Mgr le duc de Bretagne, de la main de M. Rigaud », et, sur les parois, la Descente de croix , de Jouvenet; Solon soutenant la justice des lois; Ptolémée-Philadelphe ; Y Empereur Trajan, etc., de Coypel le père. Trente-trois ans s’étaient écoulées depuis lors et en traversant de son pas alourdi ce grand Salon du Louvre, rempli naguère de son nom et de ses œuvres, le vieux maître devait se trouver comme perdu dans un monde nouveau. Une autre génération était venue à la vie et occupait la scène; sous l’influence de ses idées et de ses mœurs, le goût et le décor s’étaient renouvelés. Elle ne demandait plus à l’art d’exprimer dans le rythme ample et sévère de ses formes un idéal de grandeur solennelle et de discipline absolue; la majesté avait fait place à l’agrément; l’imposante galerie d’apparat s’était subdivisée en boudoirs. Aux colonnes droites de marbre vert ou rouge, aux colorations chaudes des voussures, aux ornements amples et abondants des plafonds on avait substitué les sculptures légères des lambris, les fonds blancs des panneaux chantournés, les panaches, jetés en courbes dégagées : il fallait à un pareil cadre des colorations appropriées et la palette du décorateur avait changé en même temps que le sentiment des formes. Le programme consistait désormais à orner un salon pour la causerie et un boudoir pour le plaisir d’un monde fatigué de la contrainte d’une trop longue représentation officielle, et dont la grande affaire était de s’amuser, l’amusement par excellence de faire l’amour, c’est-à-dire de conduire gaiement au dénouement prévu une aventure galante, où, sous un vernis de politesse, on s’abandonnait aux réalités comme aux fantaisies de l’instinct. Après Louis XIV, Louis XV; après Maintenon, Pompadour; après Le Brun, Boucher.