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ÉTUDE A LA SANGUINE

Par F. Boucher. - (Tirée de la collection de M. le baron de Girardot.)

54 LES ARTISTES CELEBRES

votre admiration. Certes, ce n’est pas Rubens, ce n’est pas Corrége; c’est Boucher !

Les dix années qui s’écoulèrent jusqu’aux environs de 1753 sont pour lui les années triomphantes : . il avait eu avant, il eut encore par la suite des heures d’inspiration et de veine heureuse; mais sa verve ne s’épancha jamais avec une abondance plus égale et une plénitude plus radieuse.

11 envoyait au même Salon une Le'da (peut-être celle du musée de Stockholm?), un Paj'sage de la fable du frère Luce , un Paysage des environs de Beauvais , le Hameau d'Issé et les Chinoiseries pour Beauvais.

La même année, il dessinait, pour le recueil des Mémoires de l'Académie de chirurgie, un frontispice, gravé par Le Bas, où l’on voit Louis XV, en empereur romain, recevant des mains d’une femme drapée le volume des Mémoires, tandis que Minerve apparaît dans le ciel, au-dessus du temple d’Hygie, assise sur un char, dont Meissonnier lit le dessin; il peignait la Vie champêtre, gravée par Elise Lépicié, « entièrement dans le goût de Benedetto Castillon » [sic), comme écrivait le Mercure, et la Foire de campagne, gravée par Cochin, d’un arrangement si joliment troussé.

Il avait bien mérité d’avoir part aux faveurs royales; le i5 avril 1742, il recevait du cabinet d’Orry la lettre suivante : « La mort du sieur Martin faisant vaquer, monsieur, une pension de 400 livres, j’ai proposé au Roi de vous la donner et Sa Majesté y a consenti. Je suis fort aise d’avoir eu cette occasion de vous marquer le cas que je fais de vos talents; l’objet n’est pas bien considérable, mais je me porterai volontiers à faire mieux dans la suite, ne doutant pas que vous ne continuiez à vous distinguer, comme vous avez fait jusqu’à présent. » (Arch. nat., O1, 1 iood Sur les états des pensions, il est porté, à partir de 1744, pour une somme de 600 livres. (Arch., nat., O1, 193 1 .)

Il était alors très assidu aux Salons. En 174a, il expose un tableau ovale, représentant la Naissance de Vénus, et son pendant, Vénus sortant du bain'; un tableau chantourné de 6 pieds de largeur sur pareille

1. Qui pourra dire toutes les Vénus sorties de l’atelier de Boucher? En voici du moins quelques-unes, sans compter celles dont nous avons déjà parlé : la Vénus à la toilette (1746), du musée de Stockholm (gravé par Duflos), et Vénus et les Grâces au bain, la Vénus et Vulçain (1747), de la galerie La Caze (gravé par Daullé); la Vénus

FRANÇOIS BOUCHER

hauteur, représentant la Muse Clio présidant d l'histoire et à l'éloge des grands hommes (gravé par Daullé), et un pendant représentant la Muse Melpomène, qui préside à la tragédie; plus trois paysages.

Il signait et datait de la même année la pastorale n° 26 du Louvre), où l’on voit un berger épier le sommeil d’une bergère en robe bleu tendre, endormie sur une draperie rose à l’ombre d’un bouquet d’arbres, et dont les jambes et la poitrine découvertes reçoivent dans la demiteinte la caresse d’un rayon complaisant. O11 peut faire figurer dans la même période les Pastorales nos 28 et 29 du Louvre) peintes de son pinceau vermeil.

« Cependant, nous étions déjà éloignés du temps où Louis XIV, dont tous les goûts avaient de la noblesse.... avait discrédité la vérité flamande. M. Boucher ne pouvait ignorer que tous les cabinets se peuplaient de ces imitations exactes, mais serviles, de la nature et qu’une tabagie de Van Ostade se couvrait d’or, tandis qu’à peine on jetait les yeux sur nos meilleurs tableaux français, comme on voit aujourd’hui un drame anglais l’emporter sur nos comédies nationales chez la plupart de nos prétendus connaisseurs », écrivait, non sans amertume, Ant. Bret, dans le Nécrologe. Il fallait, pour plaire aux amateurs, donner de temps en temps dans la modernité ; Boucher se piquait de tenir tous les articles dont l’acheteur était friand et menait de front, sans lassitude

à sa toilette, de l’ancienne collection La Béraudièrc (gravé par Janinet); une autre Vénus à la toilette, de la collection Febvre, et une autre datée de 1749, exposée au Louvre sans numéro; une esquisse gouachée du Salon de 1748, Vénus sur les eaux; une Vénus recevant le prix de la beauté, du Salon de 17G2; une Vénus et l’Amour (1765), du musée de Berlin; un Réveil de Vénus, de la collection Eud. Marcillc; une Vénus et l'Amour et Vénus désarmant l'Amour (n*‘ GG et 67), exposés à Fontainebleau.

Aux ventes de Cossé (1778), de Ménars (1781), Blondel d’Azincourt (178»), Donjeux (1795), Proustcau (i85i), il est fait mention de Vénus corrigeant l'Amour; Vénus baignant l’Amour; Vénus et l'Amour endormis près d’un rosier; Repos de Vénus; Vénus couvrant Paris d'un nuage; les Autours de Vénus et de Vulcain; Mars et Vénus surpris par Vulcain; Vénus et les Amours; le Jugement de Paris (1754); Triomphe de Vénus et de Neptune sur les eaux; Gaillard a gravé une Vénus et les Amours; Michel, une Vénus ait bain; Dutlos, une Vénus tranquille ; Le Vasseur, une Vénus sur les eaux ( talis ab a’quoreis...) ; Janinet, l'Amour rendant hommage à Vénus; liasan, Vénus enivrant l’Amour; Courtois, Vénus et h. née, etc. 11 faut renoncer à dénombrer les Amours. Bonnet et Dcmartcau ont aussi reproduit en fac-similé un grand nombre de Vénus,

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apparente, les travaux les plus opposés. 11 lui arrivait encore quelquefois de se trouver à court d’argent :

J’ai des enfants et des besoins,

Dieu, me créant,

Ne m’a pas beaucoup mis au large,

Et je sue en y suppléant,

lui lait dire Piron dans une pièce de 1746, et il était bon, ces jours-là, d’avoir un assortiment complet des marchandises à la mode ; puis, avec ses rares facultés d’assimilation, sa curiosité constamment en éveil et sa facilité débordante, il se sentait invinciblement attiré vers tous les genres à la fois. C’est ainsi que, après avoir signé le Mariage de l'Amour et de Psyché , il donnait le Déjeuner (gravé par Lépicié), fin tableau d’intérieur à la flamande, reproduction fidèle d’un mobilier bourgeois de 1744 où, près de la fenêtre à petits carreaux, une famille est en train de prendre le café; bientôt suivi d’une série d’illustrations en grisaille des contes de La Fontaine : le Magnifique (1744), de la collection Rothan, chaude esquisse où sous les gris blonds crépite une flamme subtile ; le Calendrier des vieillards et la Courtisane amoureuse { .

Une lettre du 27 octobre 1745, écrite par Berch, secrétaire du comte de Tessin, ambassadeur de Suède, qui venait de quitter Paris, fournit d’intéressants détails sur les rapports de Boucher avec les amateurs, ses clients : « .... Les quatre tableaux sont promis pour la fin du mois de mars. Le prix restera un secret entre Votre Excellence et lui à cause de la coutume qu’il a établie de se faire donner 600 livres pour ces grandeurs, quand il y a du fini, il ne veut de l’argent qu'à mesure que chaque pièce sera livrée ; mais il m’a conjuré de faire en sorte que cela aille plus régulièrement qu’avec les précédentes.... qui l’ont bien fait languir... J’ai communiqué à M. Boucher nos idées sur la disposition des sujets; il ne les a pas désapprouvées et a paru en être fort content. Le Matin sera une femme, qui a fini avec ses friseurs, gardant encore son peignoir et s’amusant à regarder les brimborions qu’une marchande de modes étale. Le Midi, une conversation au Palais- Royal entre une dame et un bel esprit qui fait la lecture de quelque mauvaise poésie, capable d’ennuver la dame, qui fait voir l’heure à sa montre : le méridien dans l’éloignement. V Après-dîner ou le Soir nous

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