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Tous gravés par de Larmessin

FRANÇOIS BOUCHER

embarrasse le plus; des billets apportés pour un rendez-vous, des mantelets, des gants, qu’une femme de chambre apporte à sa maîtresse qui veut aller en visite. La Nuit peut être représentée par des folles qui sont en habit de bal et se moquent de quelqu’un qui est endormi.... J’espère, par la suite du temps, avoir quelques croquis pour envoyer à Votre Excellence : M. Boucher paraît vouloir s’y prêter. »

Des quatre tableaux annoncés, un seul se trouve aujourd’hui au musée de Stockholm : c’est la Toilette (1746), qui correspond exactement au Matin tel que le décrit Berch1. Les trois autres compositions, dont le secrétaire soumettait le programme à son maître, ont subi de légères modifications révélées par le rapprochement de la lettre de Berch avec les gravures de Petit : le Matin y est représenté par une dame, assise à sa toilette, en peignoir, cherchant devant son miroir la meilleure place pour une mouche qu’elle tient au bout du doigt; pour le Midi, c’est une dame décolletée, charmante dans l’ombre légère de son parasol ouvert, réglant sa montre à un cadran solaire, avec ces vers :

D'une belle, Amour seul doit être l'horloger,

Et l’on n’a pas besoin d’avoir réglé sa montre Pour savoir l’heure du berger.

Enfin, le Soir est symbolisé par une dame en toilette de bal, sur le pas de sa porte, un loup de velours à la main.

Parmi les sujets très demandés au xvme siècle, il faut bien signaler les sujets érotiques; on doit avouer que Boucher ne se refusa jamais à en fournir aux amateurs. Quelques-unes de ses peintures sont réservées aux musées secrets : nous ne les décrirons pas, mais il faut les rappeler, en passant, pour compléter le portrait de l’homme. Thoré a raconté comment M1™ de Pompadour vint un jour demander à son peintre favori une suite spéciale à l’usage du roi Louis XV, — qui s’ennuyait. Louis XVI découvrit, peu de temps après son avènement, et ordonna de faire disparaître « toutes ces indécences » ; l’ordre fut donné à M. de Maupeou qui les cacha vertueusement chez lui. Passées en Allemagne, au moment de l’émigration, elles furent rapportées en France à la Restauration et achetées par un grand seigneur anglais, lord

1. Gravé par Gaillard sous le titre de : la Marchande de modes. Mais l’estampe porte la mention : « d'après le tableau de M. Prousteau, capitaine îles gardes de la ville », ce qui fait croire il une répétition il 11 même tableau.

LES ARTISTES CELEBRES

Hertford. « Comme qualité de peinture, comme adresse de touche, charme de couleur, ce sont les plus beaux Boucher du inonde. »

Si la Femme couchée (1745), de la collection Rothan, n’était pas très complètement vêtue, elle aurait pu faire partie d’une de ces séries secrètes. Son attitude, son air effronté, ses yeux décidés à ne s’étonner de rien et sa bouche prête à rire de toutes les aventures, permettraient d’y reconnaître, ainsi que le veut une tradition, la petite Murphy, modèle du peintre et sœur du modèle en titre de l’Académie de peinture, qui eut l’honneur d’inaugurer le pavillon du Parc-aux-Cerfs. Le tableau de la galerie Rothan la montre, dans ses draperies chiffonnées, comme une fraîche note rose orangé s’enlevant sur un fond bleu : c’est un fouillis de coussins, de tapis, de soieries, de perles, de brûle-parfums, d’une exquise délicatesse de tons.

Au Salon de 1745, il exposait plusieurs dessins sous un même numéro. C’était alors une nouveauté; les artistes, jusque-là, n’avaient pas semblé attacher de valeur aux études préparatoires de leurs œuvres. Boucher voulut en tirer parti, le succès fut aussi rapide qu’éclatant. « A l’aide de ces compositions légères et galantes, dit le Nécrologe , il sut se conserver des acheteurs que des ouvrages plus essentiels et plus faits pour la gloire auraient difficilement arrêtés. » La mode s’en mêla et, jusqu’à sa mort, il eut peine à suffire, — en dépit des dix mille dessins qu’il reconnaissait avoir faits de sa main, — aux demandes des amateurs et du public. Tètes de caractère , profils de femmes, académies, scènes d’intérieur et de genre, croquis de paysages, pastorales, et même dessins d’ornements, mascarons, modèles d’orfèvrerie, modèles de pantins1, cours de ferme, châteaux, colombiers, coins de village, fontaines, abreuvoirs d’oiseaux, études (!) de moutons, de chèvres, d’ànes ou de bœufs pour ses caravanes , corps de garde, jeux d’enfants, amours, sujets religieux largement ébauchés, comme Y Assomption de YAlbertina,... on trouve de tout dans ces dessins, enlevés avec un entrain infatigable, crayonnés quelquefois avec une telle furie, qu’on dirait, à l’ampleur des indications, au mouvement emporté et au cliquetis de la composition, la première pensée de quelque grande œuvre entrevue... Mais ce qu’il y prodigua, avec une prédilection significative, ce fut des académies de femmes, dans toutes les attitudes de la grâce abandonnée et amoureuse, — célébrant, exaltant, avec une ferveur jamais refroidie, 1. Journal de Barbier, t. III, p. 5.

FRANÇOIS BOUCHER

l’éternel féminin, tel que pouvait le rêver, tel que le cherchait et le rencontrait sans peine, dans les espaliers de l’Opéra, cet enfant corrompu et candide, et malgré tout charmant, d’un siècle qui fit un art du plaisir et de la volupté.

Dans un dossier de la Direction des bâtiments contenant une liste des meilleurs peintres 174.5), il est signalé alors comme « peintre d’histoire, demeurant rue de Grenelle-Saint-Honoré, vis-à-vis la rue des Deux-Ecus, élève de Lemovne, excellant aussy aux paysages, aux bambochades, aux grotesques et ornements dans le goût de Watteau; il fait également bien les Heurs, les fruits, les animaux, l’architecture, les petits sujets galants et de mode1.» Que ne fait-il pas? C’est l’artiste universel; c’est le peintre du siècle.

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