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1 ablc.iu Je F. Bouclier, gravé par l.épicié
LES ARTISTES CÉLÈBRES
s’exerça d’abord à ce genre, où devait se jouer avec prédilection sa verve inépuisable d’ornemaniste et de décorateur. Les plus importantes thèses signées de son nom sont consacrées à l’Angleterre. C’est d’abord une grande pancarte d’un beau sentiment décoratif, où triomphe le style rocaille ; on y voit, en haut, Mars llanqué d’une Renommée très agitée et entouré d’Amours, en train de donner des instructions à Yulcain, lequel préside, en bas, au travail d’une escouade de Cyclopes occupés à forger des armes. Sur la voûte de la grotte où flambent les brasiers, on lit cette inscription : Joanni Churchill, diici de Malborougli ; forti , felici, invicto (gravé par Laurent Cars). Il en composa d’autres encore en l’honneur de Boyle, Locke et Sydenham (gravé par Cl. Duflos); de Charles de Sackville, comte de Dorset et Middlesex (gravé par Michel Aubert) ; de Tillotson, archevêque de Cantorbery (gravé par de Larmessin) ; de Guillaume III (gravé par Surugue); de Sidney, comte de Godolphin (gravé par Cochin); en tout huit planches grand in-folio publiées dans un recueil paru sous le titre de : Tombeau des princes , grands capitaines et autres hommes illustres qui ont fleuri dans la Grande-Bretagne... , chez Basan et Poignant L
Il va sans dire qu’il n’avait pas toujours, surtout au début, à exécuter des pages aussi importantes; mais il ne boudait à aucune besogne et faisait avec une égale aisance et, on peut le croire à l’allure de son crayon, avec un égal plaisir, tout ce qui concernait son état : culs-delampe, frontispices, fleurons, emblèmes, armoiries, encadrements de diplômes de franc-maçon ou de souvenirs de première communion, lettres initiales, etc. Un alphabet presque complet orné par Boucher a été gravé par Laurent Cars. Il se faisait ainsi connaître des libraires et ne laissait jamais échapper l’occasion de travailler pour eux et d’arrondir par tous les moyens sa bourse facilement vidée. Déjà, en 1722, c’est-à-dire à l’àge de dix-neuf ans, il avait été chargé de composer pour une nouvelle édition in-40 de Y Histoire de France , du Père Daniel, vingt-cinq vignettes (gravées par Baquoy et Mathey), dont Mariette avait acquis les originaux, vendus après sa mort.
Il prenait part, entre temps, aux concours académiques; en 1723, il remportait le premier prix de peinture sur ce sujet invraisemblable : Evilmerodach, fils et successeur de Nabuchodonosor, délivrant Joachim
1. Ces mêmes planches, réduites de format et sans inscription, ont été publiées ensuite par Huquier.
l’amour moissonneur.
Tableau de F. Boucher, gravé par I.épicié.
des chaînes dans lesquelles son père le retenait depuis longtemps. Les amateurs même, s’il faut en croire la Galerie française qui devance peut-être un peu l’ordre des temps, commençaient à apprendre le nom du jeune lauréat; le baron de Thiers lui commandait quelques tableaux « qui ne parurent point déplacés dans cette magnifique collection ». Mais il n’attendait pas les commandes de l’amateur payant pour se mettre au travail : il ne demandait qu’à peindre pour le plaisir et à montrer ses peintures pour la gloire; son atelier était la maison du bon Dieu : « Aucun artiste, dit le Mercure, n’a plus que lui enrichi scs amis de ses productions précieuses»; un sculpteur marbrier, nommé Dorbay, avait garni toute sa maison de grands tableaux du jeune maitre, — « ce qui lui avait été très facile, ajoute Mariette, car Boucher, ne cherchant alors qu’à se faire connaître, les aurait, je crois, faits pour rien. » Un Enlèvement d'Europe de cette époque était entré dans le cabinet de M. Wattelet; Mariette aimait à le revoir, il en trouvait « tout admirable, et le pinceau aussi ferme que gracieux ».
Une occasion se présentait chaque année de se faire connaître. Le jour de la grande, et quelquefois de la petite Fête-Dieu, sur le parcours de la procession, à la place Dauphine et sur le Pont-Neuf, une exhibition d’objets divers et d’œuvres d’art s’improvisait en plein vent : c’était Y Exposition de la jeunesse. On appendait les tableaux sur les tentures et tapisseries que, par ordonnance de police, les habitants devaient tendre sur le parcours de la procession; en cas de pluie, le spectacle était renvoyé à l’octave, et, si le mauvais temps persistait, on attendait jusqu’à l’année suivante. En 172 5, le ciel se montra clément et la fête put avoir lieu. Boucher n’y manqua pas : une mention du Mercure nous apprend qu’il accrocha à l’exposition « plusieurs petits tableaux »; mais nous devons nous contenter de ce maigre renseignement. De ces œuvres de jeunesse, si intéressantes pourtant à connaître, nous n’.avons que de lointains échos et de vagues mentions.
S’il fallait les juger d’après la série de sujets religieux, publiés en 1726 et gravés par Brion, Simon Vallée, E. Jeaurat, L. Jacob, Haussard et M. Aubert, on aurait beaucoup de peine à comprendre l’enthousiasme de Mariette. Ce sont des images de piété quelconques, bonnes pour des sacristies de banlieue, de simples objets de commerce, dessinés vaille que vaille par un garçon moins maladroit sans doute que pressé, mais surtout indifférent ou occupé d’autre chose. Boucher devait, cette
P O R T H A I T DE W A T T E A U PAU LUI-MÊME ( i rave par F. Bouclier.