Arch. nat., O
2. Galette des Beaux-Arts, 1860. (Deuxième période, t. VII, p. 343).
3. Observations sur les ouvrages de MM. de l'Académie... exposés au Salon de i-]53. (Paris, in-8°).
FRANÇOIS BOUCHER
des chairs des Néréides, la transparence de la mer et le vide de l’air
Partout, quelle galanterie et quelle volupté ! »
Dans une « Ode » à la Peinture , un littérateur déguisé sous le pseudonyme de Milord Telliad 1 célébrait sur le mode lyrique la gloire du « Corrège moderne ». « Sa main cueille des roses où les autres ne rencontrèrent que des épines. Quelle onction et quelle harmonieuse aisance ! Boucher connaît plus de trois Grâces. Ses yeux ont vu plus d’une Vénus, il semble dans ses rêveries tendres et passionnées que ce peintre privilégié ait assisté à tous les mystères de l’amour! »
Seul, Grimm ne se départit pas de son habituelle sévérité envers « ce peintre d’éventails ». Il trouve « son coloris détestable », ses tableaux écrasés par le voisinage de C. Van Loo; ses « chairs couleur de rose » l’exaspèrent ; son dessin est mauvais, l’Apollon n’est qu’un pantin : il conclut brutalement que ses deux « tableaux sont dans le rang des plus mauvais du Salon 2 ».
La critique moderne est moins féroce que l’ami des philosophes. On s’accorde aujourd’hui à classer ces pages triomphales au nombre des œuvres les plus accomplies de la maturité de Boucher. Thoré a beau trouver les « Phébus horriblement maniérés (Boucher n’est pas fort sur le masculin) », il adore sans réserves « les fillettes délicieuses et les blondes naïades qui s’ébattent sur la mer avec une volupté surnaturelle ». Boucher avait du reste une prédilection particulière pour ces deux tableaux. « J’ai entendu plusieurs fois dire par l’auteur, — écrivait l’expert chargé de la rédaction du Catalogue des tableaux originaux , dessins et estampes sous verre, etc., de feu Mme la marquise de Pompadour, — qu’ils étaient du nombre de ceux dont il était le plus satisfait. Le jugement d'un artiste aussi modeste et aussi peu prévenu de ses talents que l’est M. Boucher doit être cru. »
Deux Pastorales destinées à Bellevue complétaient ses envois à ce mémorable Salon de 1753. Le Mercure les mentionne avec éloge, et l’abbé Leblanc, capable décidément de toutes les indulgences, mais écho fidèle de l’opinion générale, compare une fois de plus les bergers de Boucher à ceux de Fontcnellc, « remarquables par la galanterie et la délicatesse de leurs sentiments », et conclut à la supériorité de ceux du
1. I.a Peinture, ode île milord Telliad, traduite de l’anglais. (A Londres; se trouve à Paris chez Prault lils, quai de Conti. In- 12.)
2. Correspondance littéraire, t. II, p. 282. (liai. Tourncux.)
LES ARTISTES CELEBRES
peintre « qui joignent à tout le mérite des premiers cette naïveté et cette simplicité si précieuse » (!) Il ne faut jamais oublier ccs jugements des contemporains, quand on veut juger équitablement et comprendre le génie d’un artiste.
Tant de travaux — ■ sans compter les plaisirs — ne suffisaient pas à remplir l’activité de Boucher. Il peignait encore, pour le château de la Muette, deux dessus de porte , inscrits sur les comptes de l’exercice ip53 comme devant lui être payés 2,400 livres 1 ; son ami Monet ayant fait, le vendredi Bojuin 1 y5 2, l’ouverture de son théâtre à la foire Saint-Laurent, c’est Boucher qui s’était chargé de la décoration de la salle, sans parler des décors de la scène et du dessin des costumes « Cette salle, disait le Mercure , est admirée de tous les gens de goût et le seul désir de la voir, indépendamment des pièces qu’on y représente et de leur exécution, attire un grand nombre de spectateurs». Il ne se lassait pas de livrer aux amateurs qui se les disputaient et aux graveurs qui les attendaient impatiemment ses dessins et ses tableaux de chevalet aussitôt reproduits; on publiait dans le courant de l’année 1 7 5 3 les estampes de plusieurs études de têtes de jeunes filles, d’un Pont rustique , d’un Pêcheur , d'un Puits , par Chedel; de quatre sujets d’enfants : le Berger , le Souffleur, le Pêcheur, le Poète, par Duflos, et les illustrations du conte de Y Ermite, de La Fontaine; il signait et datait un pastel, Jeune Femme debout dans un parc 2. II fournissait en outre à Mm- de Pompadour les sujets et les modèles de quatre petites statues pour son château de Crécy. « J’approuve fort, écrivait Marigny, que les sieurs Coustou et Vassé fassent les deux petites statues qui restent à donner pour Crécy... Vous vous ressouviendrez que je veux conserver les dessins de Boucher. » « Les modèles des quatre petites statues sont en train, répondait Lépicié, le 1 2 juillet 1 ~5 3 , et me paraissent bien rendre le tour et les grâces que M. Boucher a mis dans ses dessins 3. » Ce n’étaient pas cette fois des déesses mythologiques, mais de petits sujets familiers : une jardinière, une batteuse de beurre, une laitière, que l’on retrouve catalogués dans l’inventaire du cabinet de feu M. le marquis de Ménars.
Il remplissait consciencieusement enfin scs devoirs d’académicien et
1 Arch. nat., O1, iq3a.